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Un regard sur la technocratie qui se manifeste dans le management avant de se répandre sur la société toute entière. L'origine des théories, les manipulations mentales, l'amoralisme et la société de consommation, la déchristianisation. Un remède : la doctrine sociale de l'Église

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Les attitudes de Porter

 

 

 L’ICRES fait démarrer la plupart de ses études par l’observation du monde du travail, car c’est dans ce microcosme que se développent, tels des germes en laboratoire, les idées destinées à donner une vraisemblance à l’agnosticisme qui envahit la société. On pourrait classer nos thèmes d’études en trois domaines : la communication et les relations interpersonnelles, l’organisation interne de l’entreprise et enfin l’organisation des entreprises avec le reste du monde et de la société. C’est dans le premier domaine (la communication et les relations humaines) que les auteurs se sont montrés le plus explicitement antichrétiens et ont mené des actions déchristianisantes tangibles.

 

L’amoralisme, fondement de la personne humaine ?

 

Le premier article de notre collègue A-M Paganelli, spécialiste des techniques de formation, a illustré comment la seule notion de filtre socioculturel pouvait être fatale au concept de vérité et fondait le credo relativiste. Dans ce deuxième article, nous nous proposons de parler des fondements personnalistes du subjectivisme tel qu’il s’exprime chez Elias Porter, auteur dont l’influence dans les politiques de communication en entreprise n’est plus à démontrer.
Qui ne connaît, en effet, les six attitudes de Porter s’il a suivi le moindre stage de formation à la communication ? Procédons en partant du plus connu, pour nous diriger vers le moins connu.

 Selon la théorie de Porter, les ‘attitudes’ regroupent des comportements traduisant notre système de valeurs. Elles se classent sur un axe partant de ‘intérêt pour mon point de vue’ pour aller vers ‘intérêt pour le point de vue de l’autre’

Attitude de Elias porter

 

Attitude de décision, de conseil : (voilà ce qu’il faut faire ;  ou : vous devriez essayer ceci ou cela), etc.

Attitude de jugement : (vous avez raison, vous avez tort, c’est très bien ou c’est nul !)

Attitude d’aide et de soutien (je vous comprends, moi aussi j’ai connu de telles situations, ou : ce n’ai pas grave, ça va s’arranger), etc.

Attitude d’interprétation : (Vous dites ça parce que vous croyez que … ou bien : Vous voulez faire telle chose pour avoir la possibilité de..) etc.

Attitude d’enquête : Qui donc ? Quoi ? Où ?  Etc.

Attitude de compréhension, ou encore attitude du miroir : Si je vous comprends bien, vous dites que … (Reformulation)  (1)

 

L’analyse de ces différentes attitudes nous permet de mesurer l’effet que nous produisons sur nos interlocuteurs et nous rend plus clairement conscients du genre de relations que nous établissons avec lui. (Relationship Awareness Theory). Comment Porter arriva-t-il à l’élaboration de ce corpus théorique ? Voici quelques éléments bibliographiques.

Elias Porter obtient son doctorat en psychologie à l’Université de l’Ohio en 1941. Son directeur de thèse était Carl Rogers, personnage central dont l’ICRES parlera dans un prochain article. Porter reste d’abord sept ans à l’université de Chicago où il est membre du Counseling Center sous la direction de Rogers, puis collabore à une publication consacrée à la consultation non-directive, ce qui le conduira en 1970 à l’élaboration de la Relationship Awareness Theory (expression ordinairement traduite par : théorie des relations conscientes ; nous préfèrerions : théorie pour des relations responsables). Il systématise alors les concepts centraux de sa pensée et propose non pas un modèle pour connaître l’âme humaine, mais un modèle pour l’action. (2) En 1971, il fonde une société : Personnal Strengths Publishing. C’est à partir de cette structure qu’il aborda le monde des entreprises et diffusa ses théories sur l’homme, sur le management et sur la société jusqu’à sa mort survenue en 1987.

En quoi consiste cette théorie ? Tout commence dans une conception personnaliste de l’homme. Porter pense que tout le monde veut avoir des relations avec autrui. Autrement dit, l’homme est un être relationnel : nous existons par la relation avec autrui et c’est de la relation à autrui que notre existence tire son sens.

Est-ce là une déclaration d’altruisme ? Découvrons le pourquoi de cette proposition : ‘‘nous vivons par autrui’. Porter affirme que les motivations précèdent les comportements (et donc les relations). Mais les motivations elles-mêmes découlent ‘de notre désir de ressentir profondément ce qui nous fonde personnellement, ce qui fait notre valeur personnelle. Au tout début, existe donc en nous un système de valeurs qui nous habite et explique nos comportements. A ce point de la théorie, nous pourrions nous prendre à espérer : ces valeurs personnelles sont-elles des valeurs morales ? Sont-elles universelles ? Rejoignent-elles les dix commandements que Dieu a mis dans le cœur de l’homme ? Nous voyons très vite qu’il n’en est rien. Ce système de valeur est personnel. Dès leur naissance les gens présentent certaines tendances les prédisposant à des motivations déterminées. Le système de valeurs différencie et singularise les individus. Il ne s’agit donc pas de valeurs universelles. Elias Porter expliquait dans un article du Training Officer de Décembre 1983 : «Alors que la plupart des théories comportementalistes se basent sur des typologies de comportements, notre théorie pour des relations responsables (Relationship Awareness Theory) se  base sur une typologie de motivations.» Or, cette typologie de motivations joue le rôle d’un filtre. Certes, il ne s’agit pas ici d’un filtre culturel ; il s’agit d’un filtre ontologique, propre à chaque individu, formé dès l’enfance et stable durant toute notre vie. Les valeurs qui nous animent ne sont donc pas propres à nous rassembler, comme le ferait la loi naturelle ; au contraire, il en est des valeurs comme des goûts et des couleurs : chacun les siennes. En définitive, les « valeurs » individuelles, au fond des sujets humains ne sont pas spécialement altruistes. Elles sont même à l’origine d’un égocentrisme radical. Pour Porter : « Les relations sont des outils qu’on utilise pour obtenir des résultats ou pour avoir confirmation de sa propre valeur. » Il est probable que Porter croyait que l’homme était programmé et que la fonction des relations était de confirmer cette programmation. L’homme ainsi décrit est l’individu libéral, égocentré. Même le caractère altruiste n’échappe pas à la règle, car on est altruiste lorsqu’on voit dans cette attitude la confirmation de sa propre valeur.

 

 Le fondement de la non directivité

 

 Dans le prolongement de cet aspect, on trouve l’homme programmé qu’il est dangereux de contrarier. Voici pourquoi.

Les valeurs personnelles que nous trouvons au fond de nous, nous font porter un jugement sur les autres et sur nous-même. Ce que nous pensons bien, nous devons le faire pour être quelqu’un de bien. C’est pourquoi nos valeurs sous-tendent nos comportements et engendrent un besoin de réalisation. Les relations que nous avons les uns avec les autres sont animées du désir de voir nos valeurs personnelles se réaliser. C’est dire que les motivations ont chez Porter une dimension ontologique, stable, essentielle. Porter croit tenir là une explication du mal : ''Ou bien les gens se servent de leur propre style de rapports valorisants, auquel cas ils se sentiront maîtres d’eux-mêmes et gratifiés. Ou bien ils adoptent un style qui ne leur agrée pas totalement auquel cas ils éprouveront un sentiment de dévalorisation et de frustration"  . Une des affirmations centrales de la théorie est que, pour se sentir bien, il faut être approuvé par les autres. « Qu’un individu trouve dans son milieu les moyens d’utiliser son propre style, et que le milieu gratifie son comportement, alors cet individu éprouve des sentiments positifs vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis des relations qu’il nourrit avec son entourage. A l’inverse, lorsqu’une personne se voit constamment refuser la possibilité d’agir selon son propre style, de graves conséquences peuvent en découler. Des recherches ont montré que les troubles de santé tels que les maux de têtes, l’hypertension ou les problèmes stomacaux, affectaient nettement plus les personnes dont le travail exigeait un comportement en désaccord avec leur système de valeurs et de motivations ».Faisons ici deux remarques :

 

1 . Porter serait dans le vrai s’il s’agissait de besoins essentiels à l’homme, c'est-à-dire s’il s’agissait des dimensions ontologiques de l’homme qui définissent sa nature. Mais ce qui est vrai au niveau ontologique, tel que le respect des règles morales ou des conditions physiologiques normales de vie, ne l’est pas ou l’est beaucoup moins au niveau des préférences subjectives individuelles. La subjectivité humaine n’est pas toute au niveau essentiel. Les préférences que les uns ou les autres, pouvons avoir pour tel ou tel style de relations, ne correspondent pas nécessairement à la vérité sur nous-même ou au bien en soi. Un catholique sait que la volonté propre n’est pas un critère de véracité. Au contraire, ce critère de volonté propre est la ligne de partage séparant la catholicité de la mentalité autonome qui ne connaît qu’une autorité : la sienne.

2. Encore faut-il distinguer entre l’orientation tout entière d’un être formé, ordonné à une activité possédant ses règles et son code de déontologie (l’homme de métier) et les motivations personnelles évoquées, plus que décrites, par E. Porter réputées aussi personnelles et particulières que fixes et incontournables. Ces valeurs personnelles, venues de nulle part, qui précèdent l’expérience et non modifiables par le raisonnement, font du sujet humain un être imperméable à la raison. Alors que les valeurs acquises à l’expérience, héritées de la sagesse d’une tradition, découlent du travail de l'intelligence dans l’individu et forgent à bon droit des convictions, un système de valeur innées, immanentes, particulières à chacun, expliquant le dynamisme du sujet humain reste une hypothèse qui soulève plus de difficultés qu’elle ne résout de questions. L’erreur est de prendre ce qui est accidentel pour l’élément constitutif. Même si l’affectivité et le caractère des hommes varient d’individu à individu et que ces données individuelles ne sont pas toujours modifiables, il reste que l’homme, dans son essence est un être rationnel, capable de connaître ce qui est vrai (i.e. ce qui est vraiment) et d’adapter son comportement en fonction. Certes, il est susceptible de se tromper, mais les notions même de vérité ou d’erreur, communes à tous les hommes, disparaîtraient si l’essentiel de l’homme était dans sa subjectivité.

 

Conclusion

 

Porter a voulu donner des comportements humains une explication différente du béhaviourisme ou du freudisme. Son hypothèse centrale porte sur l’existence de valeurs personnelles présentes en chacun de nous. Valeurs non universelles, personnelles, immanentes, mais, antécédentes à toute expérience, à toute éducation, à tout raisonnement. Il se fonde sur ces systèmes de valeurs pour expliquer le comportement humain.

En conséquence, le sujet humain se présente enfermé en lui-même, cherchant toujours à faire triompher son système contre l’expérience et contre les faits. Rien n’est plus éloigné de la morale réaliste pour qui le bien existe réellement et indépendamment du sujet. La conception porterienne, à l’instar de la quasi totalité des psychologues californiens, fait dépendre la santé mentale de l’individu du libre épanouissement de ce système personnel de valeur. Les conséquences de cette position théorique fondamentale se répercutent immédiatement sur le plan social par la ruine de la notion d’autorité, par la promotion de la volonté propre, par le règne de l’homme autonome et sans autre loi que la sienne.

Cette vision est aux antipodes de la conception chrétienne. Pie XII voyait déjà dans les considérations individualistes de son époque la source de difficultés sociales. « Dans le domaine social, la contrefaçon des dessins de Dieu s’est opérée à la base, déformant la divine image de l’homme. A véritable figue de créature tirant son origine et son destin de Dieu, a été substitué le faux portrait d’un homme autonome dans sa conscience, législateur incontrôlable de soi-même irresponsable envers ses semblables et envers le groupe social, sans destin extraterrestre, sans autre but que la jouissance de biens finis, sans autre loi que celle du fait accompli, et de l’assouvissement indiscipliné de ses désirs. » (Radio message 23 décembre 1949) Ce que décrit ici le Pape est bien proche de l’homme de Porter.

 

Celine Muhgot


Pour mieux connaître et comprendre Porter vous pouvez consulter sur ce site le nouvel article Au delà des attitudes de Porter 

 

 

 

La réception de ces théories dans le public mériterait une étude. Certains augmentent le nombre des attitudes, d’autre les classent dans un ordre différent : de l’attitude qui me laisse le plus de liberté à l’attitude qui m’en laisse le moins. Certains assurent que les attitudes ‘directives’, sont à proscrire tandis que les attitudes non directives sont bonnes et enrichissantes. Le large éventail des compréhensions de Porter n’est certes pas à imputer à son auteur. Paradoxalement, son influence n’en sort pas moins amoindrie, car tout le monde a compris l’essentiel : il s’agit d’un kit de bricolage et tout le monde est inviter à bricoler.

Un modèle pour la connaissance d’une chose ou d’un phénomène doit prétendre à la vérité et restera mesuré par la réalité dont il prétend rendre compte. Un modèle pour l’action n’est pas soumis à la réalité qui est représentée, mais à l’action qu’on se propose d’avoir sur cette même chose. Ainsi, par exemple le modèle de la lutte des classes s de Marx est un modèle pour l’action et ne permet pas de connaître une société. Par contre, il invite à l’action et c’est là le but du modèle.

C’est en effet le propre du personnalisme de poser la relation à autrui comme la première et la plus essentielle des manifestations humaines. Les adeptes de Porter s’expriment ainsi : Relationship Awareness Theory, like many psychological theories, holds that all people want to have relationships with other people. From birth, human infants seek positive connections with their care-givers.
( Personnal Strengths Publishing : ; www.personnalstrengths.com/)

Op cit: It is through interactions and relationships with others that we exist and that our world has meaning. Therefore, our behaviors are expressions of this desire to be connected with others.

Op cit: It is through interactions and relationships with others that we exist and that our world has meaning. Therefore, our behaviors are expressions of this desire to be connected with others.

Op cit : Motives come from our wish to feel a strong sense of self-worth or self-value

Op cit : People are born with a predisposition for a particular motive set.

Op cit : Behaviors are tools used to get some result or confirm our sense of self-worth. Voici un bel exemple de mélange de vrai et de faux, propre à séduire plus d’un. S’il s’agissait de valeurs morales rejoignant la loi naturelle, la proposition serait juste. Mais il s’agit de valeurs personnelles, sans véritable portée transcendante.

Les diverses théories des besoins de l’homme (Mc Gregor, Maslow, Herzberg) ont en commun de penser les motivations comme une dimension ontologique du sujet humain, ce qui donne immédiatement un aspect dramatique aux frustrations. Dans ces théories, l’homme est un être de besoins. Le résultat, c’est l’individu libéral, égocentré, qui s’oppose aux institutions, ignore le bien commun, toujours persuadé que son besoin exprime son bon droit.

Op cit : Our individual Motivational Value System is consistent throughout our life and underpins all of our behaviors.

Op cit : People are seen as either using their Valued Relating Style and feeling empowered and rewarded, or using a non-preferred style and feeling devalued and unrewarded

Nous avons affaire ici à la vulgate californienne. Carl Rogers, Eric Berne, Fritz Perls, mais aussi Maslow ou Frederik Herzberg ont partagé ce point de vue. Voici partie du texte anglais  (op. cit.) “ Research has shown that people whose jobs require behavior that is inconsistent with their Motivational Value System report significantly more health problems such as headaches, high blood pressure, stomach problems, etc

 

 

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