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Un regard sur la technocratie qui se manifeste dans le management avant de se répandre sur la société toute entière. L'origine des théories, les manipulations mentales, l'amoralisme et la société de consommation, la déchristianisation. Un remède : la doctrine sociale de l'Église

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Qu'est-ce que la dimension humaine du travail?

Ce que le management appelle la dimension humaine ne peut être atteint dans une conception idéologique de l’individu, mais doit être assimilé à la dimension sociale du travail, même si l’on veut se limiter à examiner le contexte de l’entreprise. D’un point de vue naturel, on ne peut pas tirer de la technique seule les principes d’organisation humaine.

 


Le travail a une double dimension : personnelle et sociale

Ces principes, Pie XI  en spécifie l’existence :
« Autant que la propriété, le travail, celui-là surtout qui se loue au service d’autrui, présente, à côté de son caractère personnel ou individuel, un aspect social qu’il convient de ne pas perdre de vue. La chose est claire : à moins, en effet, que la société ne soit constituée en un corps bien organisé, que l’ordre social et juridique ne protège l’exercice du travail, que les différentes professions, si étroitement solidaires, ne s’accordent et ne se complètent mutuellement, à moins surtout que l’intelligence, le capital et le travail ne s’unissent et ne se fondent en quelque sorte en un principe unique d’action, l’activité humaine est vouée à la stérilité. »

Ce texte concerne l’organisation de la société tout entière. Mais il concerne nécessairement chaque milieu de travail particulier. Il n’est pas nécessaire de démontrer que ces principes s’appliquent aux relations interpersonnelles dans l’entreprise. En reprenant cette citation, nous pouvons assigner leurs exigences  aux relations de travail.

 L’aspect personnel et l’aspect social

 Une bonne organisation, c’est à dire une organisation efficace, atteint son but tout en permettant à l’homme de penser et d’agir en homme. Qu’est ce à dire ? Pour l’entreprise, il s’agira de mettre en place une organisation où l’homme n’est asservi comme un objet ni à la machine ni à l’organisation elle-même. Cette bonne organisation est celle où l’homme lui-même organise à son niveau, à son échelle, en fonction du but imparti et dans le cadre de la microsociété que représente  le service où l’on travaille ou l’entreprise elle-même. L’exigence qui repose sur l’individu est de respecter la dimension sociale, de lutter contre un esprit d’indépendance qui n’est pas de mise, de développer un esprit d’union avec les autres et selon les règles du métier. Il s’agit là d’une exigence qui se fonde sur la connaissance et sur le respect la nature humaine. C’est pourquoi elle ne peut être remplie sans le goût de savoir la vérité sur l’homme. L’entreprise doit donc respecter le caractère personnel du travail et l’individu doit en respecter l’aspect social. L’aspect personnel sans l’aspect social est stérile, mais l’aspect social sans l’aspect personnel est non seulement oppressant mais destructeur de toute vie morale.

 La notion de métier

 L’organisation doit faire en sorte que le travail des uns et des autres forme un ordre, ce qui veut dire beaucoup plus que la simple division du travail. Il s’agit de faire en sorte que le travail demandé soit raisonnable, adapté aux capacités de chacun et surtout qu’il découle du rôle attendu de chacun. En effet, l’organisation doit assigner à l’individu une place stable et honorable, (i.e. dont le mérite est reconnaissable) qui s’oppose au travail anonyme et dépersonnalisé, à l’interchangeabilité et à la mobilité excessive. Le travail doit favoriser le développement de la notion de métier. Parmi les dimensions qui différencient le simple travail de la notion de métier, il y a l’intériorisation de règles et de normes convergeant vers le bon travail et vers la qualité. Bien qu’intériorisées dans chaque homme de métier, elles ont un caractère collectif et objectif auquel on reconnaît le travail d’un professionnel. Rien n’est plus étranger à cet esprit de métier que les normes ISO, par lesquelles le travail devient impersonnel et les hommes interchangeables.

 L’ordre de l’entreprise doit demander que le travail soit exécuté consciencieusement et honnêtement et que le travail effectué soit reconnu en marquant la différence légitime, suivant les règles de métier, entre ce qui est bien fait et ce qui ne l’est pas. On satisfait ainsi à l’exigence de justice. Les procédures qualité dont on fait si grand cas aujourd’hui marquent le changement de mentalité. Du temps des corporations, les « règles de l’Art » existaient déjà. Simplement, la qualité était assurée par le serment que prêtait chaque professionnel. Avec les procédures, on est passé de l’exigence morale à la paperasse administrative impersonnelle.

 Complémentarité

 L’organisation du travail reposant sur le partage des tâches, doit faire apparaître la complémentarité des rôles et ne doit pas être  la cause d’un cloisonnement. Autrement dit il faut, sous peine de stérilité, que le travail de chacun converge vers un but commun et vers le bien commun de l’entreprise. Chacun travaillant pour les autres, on satisfait à l’exigence de solidarité , par laquelle l’homme démontre qu’il préfère le bien commun à son bien propre.

 Convergence du capital et du travail et non lutte des classes.

 Les motifs et les modalités d’association du capital et du travail intéressent la société toute entière. A ce titre, ils doivent l’emporter et fonder le principe d’une action commune. L’entreprise est au carrefour de relations sociales diverses : les banques, les administrations, les fournisseurs, les salariés et les clients. La véritable finalité du travail est de correspondre à la vie sociale et de s’y intégrer. Il est dommageable de voir certaines activités fonctionner grâce à la société toute entière, sans que celle-ci n’en tire pour autant un bénéfice véritable. C’est notamment le cas des entreprises qui délocalisent et qui se fixent comme objectif leur propre prospérité sans se soucier du bien de l’ensemble.

 La réalisation de ces différents points peut apparaître comme un idéal difficile à atteindre. Nous partageons cet avis. Car la morale n’a jamais été un catalogue de lois écrites à appliquer automatiquement. Le bien de l’homme n’apparaît pas, à la différence de celui de l’animal, comme une évidence immédiate, perceptible et vécue. Il se présente souvent comme une exigence ou une obligation qu’on découvre à l’expérience et par la réflexion. On ne peut respecter cette obligation qu’en y appliquant son jugement et sa volonté. Les choses ne sont pas jouées d’avance. Les relations de travail ne peuvent s’instaurer que par cette réflexion éthique.

 La difficulté à garder les principes montre leur importance

 L’importance de la morale au travail ne vient pas du fait qu’elle permettrait une meilleure technicité ou de meilleurs rendements. Le propre de la morale n’est pas à rechercher dans les aspects techniques ou financiers. Le propre de la morale c’est de présenter le bien qui est à faire et le mal qui est à éviter. La difficulté de trouver l’organisation et les relations permettant la mise en oeuvre des exigences morales, vient des habitudes qui ont été prises de vivre et d’organiser en dehors des principes, si bien que la forme actuelle de l’économie rend les choses plus délicates, ou donne parfois l’impression qu’il n’est pas réaliste de s’occuper de préceptes moraux dans le travail. Tout cela milite pour qu’on reprenne en urgence ces préoccupations, car la morale consiste en fait a se comporter selon des normes naturelles, compréhensibles par tous. La morale est le meilleur des langages communs à tous les hommes.

On ne peut pas dire que le lien juridique du contrat de travail suffise à régler les rapports humains. Si l’homme travaille pour se procurer les biens nécessaires à sa subsistance personnelle et à celle de sa famille, ainsi qu’à l’entretien de sa vie culturelle et morale, l’organisation humaine doit également concourir à créer dans l’entreprise une atmosphère propice au respect des exigences de vérité, de justice et de charité.

Il n’est pas vrai que l’ordre économique soit autonome dans sa sphère au point de ne pas dépendre de la loi morale. Il n’est pas vrai que l’emploi de moyens techniques dispense de se soumettre au jugement d’une conscience droite. Dans n’importe quelle activité humaine, aussi technique soit-elle, on doit considérer l’intention, les méthodes et les résultats attendus à la lumière des règles de vie qui doivent prévaloir dans tout groupe humain civilisé. Contrairement à ce que pensait Bismarck, la fin ne justifie pas les moyens.

Michel Tougne

  Pie XI, Quadragesimo anno, 15 mai 1931

  Quittant le plan naturel pour celui de la religion, la solidarité entre les hommes dans le travail est l’expression de la charité fraternelle.

 

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