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Un regard sur la technocratie qui se manifeste dans le management avant de se répandre sur la société toute entière. L'origine des théories, les manipulations mentales, l'amoralisme et la société de consommation, la déchristianisation. Un remède : la doctrine sociale de l'Église

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Témoignage chrétien réagit au rapport de miviludes

Dans son numéro en date du 1er fev, Témoignage Chrétien minimise l'importance des observations du rapport de la Miviludes. Le journal, qui revendique l'appellation de chrétien, qualifie le meurtre d'enfants par psychothérapie de simple ratage. Averti par le Dr Philippe Nicot de cette réaction plus qu'étrange, nous avons répondu au journal d'appellation chrétienne la lettre ci après.


Michel Tougne                                                                                              Le 6 février 2007

31 rue de Laval
60240 –Boury en Vexin
Tél/rép/fax : 02 32 55 41 45
Couriel : publicationsicres@tele2.fr

                                                                                                            Témoignage Chrétien
                                                                                                            49 rue du Fbg Poissonnière

                                                                                                             75009 Paris

                                                                                                             Att ; M. Noël Bouttier, Rédacteur en Chef

 Monsieur,

 En réaction au rapport de la MIVILUDES, votre article s’efforce de distinguer entre théorie et pratique, sans doute pour sauver l’essentiel : la théorie. Ainsi, à propos de l’analyse transactionnelle, séparez-vous les théories des pratiques monstrueuses relatées par le rapport : « techniques psycho-thérapeutiques, assez répandues, quoique parfois critiquées », notez-vous, pour ajouter : « mais quelle technique de psychothérapie ne l’est pas ? ». Selon vous, ce n’est pas tant l’analyse transactionnelle qui est concernée qu’une « sous-technique, le reparentage, qui est loin d’être pratiqué par tous le analystes transactionnels ». Vous percevez les cas mentionnés comme des « exemples extrêmes de ratage », datant, qui plus est, « d’une trentaine d’années ». Il est regrettable que votre article ne relate ni les faits, ni les dates, car la mort de Candace Newmaker remonte à l’année 2000. Ces omissions vous permettent de conclure que rien n’a été démontré et vous employez cette expression malheureuse « On reste sur sa faim ».

 Si l’estomac vous en dit, et sans vous conseiller, vous pouvez visiter le site preventsectes qui vous en dira plus sur le cas de Candace, petite fille de 10 ans morte étouffée sous la « thérapie » du reparentage. Vous en saurez plus sur la mort de John Hartwell, ébouillanté dans une baignoire et brûlé au 3° degré, dans un centre dirigé par Jacqui Schiff, figure centrale dans la théorie de l’analyse transactionnelle. Consultez également le site skepticreport.com (lire « the etiology of a social epidemic »). Vous aurez l’intégrale en américain, relaté par Patricia Crossman, psycho-thérapeute ayant bien connu le monde de l’A.T. Vous pourrez aussi visiter le site rocky mountains.com pour en apprendre plus. Continuez par http://www.thedenverchannel.com/news/ et terminez votre enquête http://www.childrenintherapy.org. Vous tomberez sur un site d’avocats qui défend les enfants victimes de ‘thérapies’ meurtrières. Vous y aurez accès à une liste de 14 victimes de 1990 à 2003.

 Peut-être serez-vous surpris d’apprendre que des parents adoptifs ont été condamnés pour avoir pratiqué eux-mêmes cette thérapie meurtrière. Comment cela a-t-il été possible ? Pour répondre à ces questions, il est temps de retourner à la théorie qu’on ne peut décidément pas séparer des pratiques

        L’analyse transactionnelle est un remake de la psychanalyse, bien que le terme ‘psychanalyse’ recouvre aujourd’hui des réalités très différentes, - voire parfois en opposition - ; on peut admettre qu’elle accorde le principal de la thérapie à la prise de conscience du sujet sur son passé.
Le ‘’péché originel’’ de l’A.T. n’est pas de reprendre, au moins en partie, la topique freudienne : Surmoi, Moi et Ça, pour passer au modèle Parent, Adulte, Enfant. Le penchant mauvais est de vouloir faire de la théorie une praxis. Le thérapeute transactionnel ne s’intéresse que très peu au passé du patient. Il lui suffit de savoir que « la souffrance est dans l’Enfant, et le problème est dans le Parent ». D’où la décision d’intervenir directement sur le psychisme en provoquant une régression (réelle ou supposée) de la personnalité, afin de mettre le patient au stade où il n’avait pas encore enregistré les messages (négatifs) de ses parents. C’est ainsi qu’on en arrive à mimer la re-naissance. C’est donc l’interventionnisme, le bricolage sur soi et sur les autres, les manipulations psychiques de toutes sortes qui caractérisent l’A.T. ainsi que d’autres courants thérapeutiques analogues. C’est un état d’esprit où la théorie sert de modèle à l’action. Je me répète : on ne peut pas dissocier théorie et pratique.

La dérive vient entre autres du fait que les patients (quand il s’agit d’adultes) ou les parents (quand le patient est un enfant), se voient proposer de devenir eux-mêmes thérapeutes. C’est ainsi que des parents ont pu tuer leur enfant, en général enfant adopté, en suivant les conseils de ‘thérapeutes’. Le fait de transformer les patients en thérapeutes est non seulement un mode de recrutement, mais encore très certainement le moyen, sous couvert de transparence, de croître et de multiplier et de s’assurer le soutien des malades.

       Il ne faut pas non plus limiter les méfaits de l’A.T. aux cas de thérapies pour jeunes enfants. Dans le monde du travail également, les dégâts sont sensibles. Personnellement, je connais une grande entreprise possédant plusieurs établissements en France et travaillant dans un secteur où la sécurité doit être prioritaire. Nous comprenons tous l’importance de cet aspect dans la chimie, l’agro-alimentaire, l’aéronautique ou le nucléaire.

Dans l’entreprise en question, un des centres était le mieux classé d’après le nombre d’incidents. (Il s’agit d’une procédure très en amont, destinée à mesurer les non respects de détails, les défauts de coordination, les retards, etc.. afin de prévenir le danger réel). Or, il advint qu’on introduisit en 1995, dans ce centre, qui était le mieux classé, des stages de communication à base d’analyse transactionnelle, étalés sur deux jours et demi en lieu et place de stages relationnels fondés sur l’analyse de situations et l’expérience des relations. Conséquence ou coïncidence ? En 1998, le centre en question était le plus mal noté en nombre d’incidents. L’enquête (menée par un organisme extérieur officiel) a diagnostiqué surtout le manque de communication. Je vous laisse imaginer les répercussions sur le personnel, car la Direction a dû procéder à des réformes de structures, à des mutations, des regroupements, des éclatements de services, etc… L’A.T. n’est pas sans conséquences.

 Un intervenant, Conseil en organisation, rencontre régulièrement en milieu hospitalier des infirmières ayant suivi des stages d’analyse transactionnelle. Il écoute ce personnel visiblement déstabilisé par ces ‘formations’. Certaines infirmières avouent avoir craqué et s’être mises à pleurer au cours des ‘formations’. Là encore, on est loin de la pédagogie qui transmet outils, idées et méthodes. Il s’agit de stages interventionnistes indiscrets, où les manipulations mentales et les pressions psychologiques – via le groupe – sont monnaie courante.

     Tous les stages ne sont pourtant pas ainsi ; il s’agira parfois, non pas de manipuler les participants, mais de leur livrer la ‘‘théorie et ses outils’’, à savoir l’arsenal du manipulateur. En effet, pour approcher l’homme, l’A.T. se fabrique divers modèles destinés à l’intervention sur soi et sur les autres. Les gens ressortent de stage avec des recettes mirobolantes, des certitudes en acier et une dialectique auto-validante qui auront pour effet de les rendre invivables et imbuvables. Pourtant, cela plaît aux patrons expéditifs mais distraits. Ils trouvent ça concret, pragmatique, positif. Je ne doute pas que certains s’en trouvent bien : il y a dans l’A.T. un cynisme solide comme le granit qui déclare que dans la vie, il y a les ‘’gagnants et les perdants’’, les ‘’princes et les crapauds’’.

 Interrogeons-nous. Est-il toujours de mise de séparer théorie et pratiques ? ‘’Mein Kampf’’ est-il recevable en tant que théorie, sous prétexte qu’on pourrait l’imaginer sans pratique ? Pol Pot est-il imaginable sans la théorie marxiste ? Je vous accorde que n’importe quel cinglé peut se prévaloir de n’importe quelle théorie, mais cela ne disqualifie pas la méthode qui consiste à essayer d’expliquer (en partie) les pratiques par les croyances et les théories qui les sous-tendent, faute de quoi plus aucune pratique n'est explicable.

 Je suis à votre disposition si vous pensez utile d’informer vos lecteurs sur l’analyse transactionnelle. Au minimum, il me semblerait équitable que vos lecteurs aient connaissance de certains faits concernant l’analyse transactionnelle. Par exemple pourrez-vous publier cette réponse à votre article dans vos colonnes ? D'avance, je vous en remercie

 Sincèrement. Michel Tougne

Cette lettre sera-telle publiée ? seul l'avenir nous le dira.

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