Un regard sur la technocratie qui se manifeste dans le management avant de se répandre sur la société toute entière. L'origine des théories, les manipulations mentales, l'amoralisme et la société de consommation, la déchristianisation. Un remède : la doctrine sociale de l'Église
Il serait paradoxal de parler de l’Analyse transactionnelle sans aborder le cœur de l’objet qu’elle étudie, à
savoir, les « transactions ». Aussi avons-nous pensé donner au sujet une importance toute particulière. Pour en faciliter la lecture nous le présentons en deux articles
:
1.) Grilles d'analyses des relations et Critique des transactions
2.) Manque de réalisme dans l'analyse des transactions
Dans son ouvrage Des jeux et des hommes Eric Berne appelle "transactions" les échanges entre les personnes ; c'est l'origine de l'appellation "analyse transactionnelle".
« L'unité de rapport social, écrit-il, est appelée Transaction. Si deux personnes ou davantage se rencontrent, tôt ou tard, l'une d'elle parlera ou manifestera par quelque autre signe qu'elle reconnaît la présence d'autrui. L'on nomme ce phénomène un stimulus transactionnel. Une autre personne, à ce moment, dira ou fera quelque chose qui se relie de façon quelconque à ce stimulus, et qui a nom Réaction Transactionnelle » .
Notons le choix des termes : "transaction" pour décrire le rapport social (le vocabulaire économique est fortement présent dans l'A.T.) ; les dénominations "stimulus/réaction" ordinairement réservées à la biologie ou aux théories du conditionnement, pour décrire la communication. Tout ce vocabulaire extra-mental donne au propos une couleur positiviste ou simplement objective, qui, nous le verrons, ne correspond en rien au fondement de l'analyse transactionnelle.
Les analystes transactionnels procèdent généralement à un regroupement des transactions en trois grandes catégories.
L'émetteur manifeste un certain état du moi et vise chez son interlocuteur un état du moi identique (PàP ou AàA) ou complémentaire (PàE). Exemple :
Transactions parallèles ou complémentaires
Autre exemple :

Transaction parallèle.
2. Les transactions croisées.
Dans cette relation, la réponse n'est pas celle qu’on attend. Elle émane d'un état du moi de l'interlocuteur qui n'était pas visé. Exemple :
Transaction croisée.
Une mention spéciale est souvent faite pour la relation croisée PàE que les analystes appellent le "huit infernal" (cycle de la violence) :
Le « huit infernal ».
Ce type de transaction semble officiellement viser un état du moi de l'interlocuteur, mais vise en réalité un
autre état. Exemple :
La relation à double fond ou transaction double.
Exemple de Chalvin Muller (p. 30) :
Les transactions cachées mentionnées par les analystes transactionnels sont fort nombreuses. Notons qu'elles sont souvent réputées négatives.
Parmi les transactions cachées, mentionnons "le rire du pendu" :
« Le rire du pendu ».
Transaction officielle :
Transaction cachée :
Toute réponse accompagnée d'un sourire aux malheurs d'un individu peut être considérée comme la transaction du pendu. Chandezon et Lancestre ajoutent « en thérapie, il convient de se méfier tout particulièrement des transactions du pendu qui sont souvent indicatives de tendances suicidaires, ou pour le moins dévalorisantes ».
Un dernier type de transaction, n'entrant dans aucune des trois catégories déjà recensées, est la transaction tangentielle, caractérisée par le fait que l'interlocuteur ne veut pas répondre ou veut fuir le problème. Exemple :
Transaction tangentielle.
Que faire de ce classement ?
A quoi va servir la typologie des transactions ? A « repérer la nature des échanges entre personnes pour mieux les appréhender, les comprendre, les analyser et les rendre plus efficaces et plus opérationnels » Pour ce faire, il y a des clefs. Quatre règles fondamentales, nous dit-on :
De ces "règles", nous n'examinerons que les trois premières. La quatrième renvoie à d'autres principes que nous examinerons dans un autre article.
La question est de savoir si la description des relations par le P.A.E. caractérise mieux la conduite humaine que la description d'une relation par sa nature, son objectif, son contenu et son contexte.
Par exemple,on peut caractériser une relation de travail :
Cette approche consiste à définir la relation par son contenu en tenant compte des hommes, des situations, des actions à mener.
L'A.T. a choisi, dans la transaction, de définir la relation par un système de communication des différents états du Moi faisant abstraction de tout le reste. Quelles implications découlent de ce choix ? Quels résultats en obtient-on ? Examinons d’abord la notion de structure dont l’AT cherche à ce prévaloir.
Les auteurs de l'A.T. n'affirment pas que les transactions complémentaires ou parallèles sont bonnes ou mauvaises. Le constat porte sur la durée. Tout au plus, comprend-on que les transactions complémentaires permettent parfois à l'émetteur d'obtenir une réponse appropriée et prévisible. La communication sera donc facilitée :
Des structures "non pertinentes"
Mais nous voyons immédiatement que la relation Parent Normatif - Enfant Adapté n’est pas toujours sans problème :
Conclusion : par la transaction complémentaire, la relation peut être bonne ou moins bonne.
Qu'en sera-t-il de la transaction parallèle ? Le Guide pratique pour les A.M. nous met en garde : « Sachez toutefois que ces transactions parallèles peuvent être trop routinières et même devenir bloquantes sous forme de transactions verrouillées ». Ce qui veut dire en clair que deux interlocuteurs peuvent s'installer dans une relation conventionnelle superficielle. Nous comprenons donc que la transaction parallèle n'est pas forcément bonne, ni forcément mauvaise. Quant à la durée, l'observation courante nous montre bien qu'il est inapproprié dans certains cas, de s'adresser à quelqu'un, quel que soit l'état du moi visé. Si l'interlocuteur répond comme l'attend l'émetteur, cela ne peut durer qu'un certain temps. Nous pensons au cas du bavard qui entreprend un de ses collègues de travail, lequel se prête volontiers un temps au dialogue et met fin à l'échange par un vigoureux : "Maintenant, je te quitte, mon travail m'attend". L'affirmation de Berne : « il n'y a pas de raison pour que cela s'arrête » se trouve donc infirmée.
C'est la pertinence des messages par rapport à une situation, faite de circonstances matérielles, psychologiques, sociales, etc. qui fait la validité de la communication.
La deuxième règle « lorsque la transaction est croisée, la relation est soit stoppée, soit modifiée » n'affirme pas non plus qu'il soit bon ou mauvais de "croiser". Il conviendra parfois de croiser, parfois de décroiser.
Exemple où il faut croiser (du moins imaginons qu'il le faille !) :
Un membre du service entretien à un collègue (fait parler son Parent) :
Le collègue répond en faisant parler l'Adulte :
Le constat, fait par Chandezon Lancestre qualifiant de "mauvaises" les communications croisées, paraît excessif. Le Guide Pratique de Chalvin Muller conseille même : « Entraînez-vous à croiser une transaction improductive ».
Au total, faut-il croiser, décroiser ? C'est selon. Ce sont toujours les circonstances, les situations, les personnages qui donnent leur pertinence aux formes croisées ou décroisées.
Concluons sur les deux premières règles, avant d'étudier la troisième - qui concerne les transactions à double fond. S’il avait été possible de définir un objet d'étude à partir des transactions simples (complémentaires, parallèles ou croisées), l'analyse transactionnelle se serait située parmi les disciplines d'observation, où l'on reconnaît et répertorie les faits. On aurait pu développer, par l'analyse du discours, une typologie remontant aux fonctions propres de l'esprit humain (mémoire, intelligence, volonté, sensibilité) et dessiner les rapports fondamentaux qui s'expriment entre deux interlocuteurs à partir de ces fonctions.
Nous voyons qu'il n'en est rien. Les auteurs, à l'origine du concept de transaction (E. Berne, S. Karpman, T. Kalher), ont voulu rechercher, comme dans une analyse structurale, une fonction dans la forme de la transaction (croisée ou parallèle). Cela eut été une réussite si la forme avait été pertinente. En l’occurrence elle ne l'est pas. Mais lorsqu’on prétend à une analyse structurale, de quoi veut-on parler ?
Même si le structuralisme n’a pas apporté aux études du comportement et des relations humaines un véritable statut scientifique, l’orientation épistémologique visait néanmoins à dégager l’essentiel de l’accidentel, le pertinent du non pertinent. Ainsi, en langue, par exemple, tout n’est pas structure.
Pour qu'une forme soit pertinente, il faut qu'elle distingue et serve à la distinction. Si l'on suit le structuralisme, tel qu'il s'est développé en linguistique, la nature profonde de la structure c'est de marquer une différence. De la différence émerge le sens, la possibilité de sens.
Nous avons vu que les transactions parallèles, complémentaires ou croisées, pouvaient être bonnes ou mauvaises, longues ou brèves (selon les contextes et les interlocuteurs). On ne voit pas ce qu'elles différencient ni ce qu'elles signifient. Pour reprendre notre analogie avec la linguistique : pour l'étude d'une langue, l'accent d'un individu ou sa manière particulière de prononcer certains sons n'apporte aucune signification linguistique. Ces traits ne peuvent donc être retenus comme pertinents. De même, la typologie des transactions n'apporte rien sur le plan psychologique. Le trait est non pertinent. « On pourra étudier des transactions psychologiques, des transactions sociales, voire des transactions internationales » promettaient Chandezon Lancestre. La phrase était gourmande. Mais l'espoir est trompé. Parce que l’outil est inadapté
En effet : que la relation soit étudiée à partir de deux P.A.E. (celui de l'émetteur et celui du
récepteur) implique l'étude d'une série de transactions contingentes, accidentelles, extrêmement particulières par un outil extrêmement généralisant. Même en admettant le schéma PàE ou
AàA, tout cela ne s'applique jamais qu'à une série de cas particuliers. Ce que fera une transaction ne sera ni extrapolable, ni généralisable à une autre. Le P.A.E. ne peut rendre compte de
cette spécificité. C’est pourquoi nous dénions à l’Analyse transactionnelle le caractère d’analyse
structurale.
Hugo Clementi
La suite de cet article est intitulé : Manque de réalisme
dans l'analyse des transactions
Chandezon Lancestre, p. 32. - Cette affirmation heurte l’analyse philosophique du rire. De quoi rions-nous, en effet ? Du bègue ou de l’orateur brillant ? Du malheur ou du bonheur ? De l’adresse ou de la maladresse ? De la logique ou des contradictions ? On s’apercevra que le rire est souvent du côté du malheur.