Un regard sur la technocratie qui se manifeste dans le management avant de se répandre sur la société toute entière. L'origine des théories, les manipulations mentales, l'amoralisme et la société de consommation, la déchristianisation. Un remède : la doctrine sociale de l'Église
De la nature des PAE, découlent, pour chaque être humain, une manière de voir l’existence, des croyances et un comportement spécifique. L’AT en présente la typologie supposée en quelques tableaux qui s’articulent sur deux axes autour de la notion " OK – non OK ". Sur un premier schéma, la position de vie existentielle présentera l’axe personnel allant de " Je sui OK " à " Je ne suis pas OK " et l’axe du regard que le sujet porte sur la vie allant de " La vie est OK " a la position où il juge " La vie n’est pas OK ". Sur un deuxième schéma (voir plus bas), la position institutionnelle ou sociale présentera toujours l’axe personnel qui se croisera avec l’axe " Tu as besoin de moi – Tu n’as pas besoin de moi. "
Présentons d’abord la figure des positions existentielles :
Le schéma présente comme norme la vie heureuse et enviable en haut à droite. Il suppose cette norme par un a priori optimiste, qui peut être de bon aloi, mais qui, dans certains cas, n’est pas justifié. Tout le monde sur cette terre ne jouit pas d’une vie heureuse, pour d’innombrables raisons sans qu’on puisse pour autant parler de maladie ou d’une programmation subjective défectueuse qui nous ferait voir le monde et les êtres sous un jour propre à nous priver du bonheur.
Prenons un exemple entre mille : imaginons un commerçant injustement condamné par le fisc à verser une amende exorbitante. Il se sait dans son bon droit (Je OK +) ; la situation qui lui est faite est à ce point dramatique qu’il doit vendre son fonds et se retrouve au chômage : (vivre, c’est pas ok). Reportons-nous au schéma. N’est-il pas étonnant de voir un tel homme (qui souffre une situation injuste et qui se heurte tous les jours à ceux qui le harcèle juridiquement) gratifié de tendances homicides, de sadisme ou de sentiments de haine ? Le schéma donne la désagréable impression les gens mentalement bien portants sont parmi ceux qui " savent " se mettre du côté du manche, qui " savent " réussir et qui sont heureux. Ils se trouvent dans le carré supérieur droit. Plus grave encore, ceux qui ne sont pas heureux de vivre sont malades : prison, masochisme, drogue, sadisme sont leur lot.
Faut-il considérer comme malades ceux qui ne sont pas prêts se mettre du côté de la croissance, de l’évolution, ceux qui ne sont pas forcément satisfaits d’eux-mêmes ou des autres ?
La propension à envoyer en hôpital psychiatrique les gens qui ne se coulent pas dans le moule, procède d’un esprit totalitaire inquiétant. C’était et c’est encore, dans les pays communistes, un prétexte de domination du pouvoir, un instrument d’élimination, un instrument de violence. La désagréable impression que donne l’AT s’accentue encore plus nettement avec le tableau de la variante sociale ou institutionnelle ci-après.
Sur ce schéma présentant le sujet humain face aux institutions, nous découvrons le même conformisme.
Recherche d'une caution surnaturelle?
Le conformisme éteint l’esprit critique. C’est ce qu’impliquent nécessairement les développements de Thomas Harris. qui, appuyé sur le " théologien " Paul Tillich, assimile la position " Je ok + - Tu ok + " à la charité surnaturelle, à l’esprit du Christ. " Le message central de l’action du Christ était le concept de la grâce, nous dit cet auteur. La grâce est un mot lourd de sens, mais il est difficile d’en trouver un autre pour le remplacer. Le concept de la grâce tel qu’il est interprété par Paul Tillich, père de tous les théologiens chrétiens modernes, est une façon théologique de dire je suis ok - vous êtes ok. Ce n’est pas : vous pouvez être ok si ou : vous pouvez etre accepté si, mais plutôt vous êtes acceptés inconditionnellement. Après la recherche d’une caution scientifique par l’usage peu convainquant des modèles, l’AT recherche une confirmation dans la théologie chrétienne. Mais l’essai reste infructueux.
Le catholicisme a toujours recommandé le discernement, la prudence et la modération dans le jugement. Par son caractère inconditionnel, la position " Je OK + - Tu OK + " bloque le discernement, manque de réalisme et de prudence.
De plus, l’obligation d’être d’accord avec tout et avec tout le monde (Je ok+ - Tu ok+) ne peut guère se réaliser sans contradictions, car les hommes ne sont pas d’accord entre eux. Se déclarer d’accord avec deux personnes d’avis différents est peut-être le signe d’un grand libéralisme, mais n’est pas intellectuellement honnête.
La position de l’Evangile est celle du bon pasteur. Faut-il assimiler " Je ok+ - Tu ok+ " avec ce bon pasteur, qui va retrouver la brebis égarée, la prend sur ses épaules pour la remettre à l’abri parmi ses frères et sœurs ? Certainement pas. Le bon pasteur n’est pas d’accord avec les frasques de la brebis. Simplement, il ne veut pas sa mort, mais sa conversion.
Pour l’AT, le bon pasteur est le " Parent nourricier protecteur étouffant ". Les positions sont incompatibles et les thèses de Tillich sont incapables de fournir à Thomas Harris l’onction religieuse qu’il recherchait.
Antoine Marie Paganelli