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Un regard sur la technocratie qui se manifeste dans le management avant de se répandre sur la société toute entière. L'origine des théories, les manipulations mentales, l'amoralisme et la société de consommation, la déchristianisation. Un remède : la doctrine sociale de l'Église

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Analyse transactionnelle. Manque de réalisme des transactions

.

Cet article est la suite de l'article :  AT les transactions

 

L’Analyse transactionnelle ne découvre donc aucune structure. Mais il y a d'autres observations à porter. Le problème est toujours de savoir si l’outil P.A.E permet de voir ce qui est essentiel ou non, sans tenir compte de la nature de la relation.

 

Nous examinons maintenant la troisième règle selon laquelle « la communication se joue au niveau de la transaction cachée ».

Le point de vue, qui était, pour les deux premières règles, d'étudier les messages échangés, se transporte subitement sur l'intention ou la disposition affective des auteurs des messages. Nous quittons le domaine de l'observation pour entrer dans le monde mystérieux de l'interprétation. Nous changeons de discipline. Le fait est capital. Cela ne pose apparemment aucun problème aux auteurs.

 

Qu’entend-on par nature d’une relation ? Elle détermine une série de normes : dans son contenu, dans sa forme, et dans sa finalité. Ainsi la relation commerciale diffère de la relation conjugale, qui diffère de la relation entre camarades de jeu etc.  Communiquer habituellement par petits bouts de papier avec son épouse révèle un disfonctionnement, alors que ce mode de communication pourra être adapté entre deux chefs d’équipe qui se succèdent  ; traiter ses collaborateurs comme des enfants en bas âge n’est pas optimum.  Car le mélange des genres est souvent problématique. Ainsi, une relation de travail est déterminée par le travail en lui-même, par ses finalités et sa forme, par  les fonctions respectives des personnes concernées, par leurs qualités personnelles et par le contexte du travail. Si l’on introduit une relation de nature différente, par exemple la relation de copinage ou encore la relation politique ou la relation « amoureuse », il y a parasitage.

 

La relation caractérisée par PàE ; EàP ou PàP ; PàP, etc. n'est pas étudiée dans son contenu, dans sa nature propre. L'outil ne peut rendre compte ni de la sagesse, ni de l'esthétique, ni de la pureté, ni de la densité ; ou au contraire de la vacuité, de la vulgarité, de la banalité des discours.

 

Prenons un exemple : Quelle heure est-il ? se caractérise AàA. Comparons avec une citation de Eddington tirée de "La nature du monde physique" : « Contempler des électrons circulant autour de l'atome ne nous mène pas loin ; mais si nous examinons 8 électrons autour d'un seul atome et 7 autres autour d'un autre atome, nous commençons à comprendre la différence entre l'oxygène et l'azote ».

L'A.T. caractérisera le propos d'Eddington AàA, tout comme "Quelle heure est-il ?"

 

De même, l'application du P.A.E. indifféremment à la relation de travail comme à la relation conjugale, fait qu'on ne rend pas compte de ce qui caractérise l'une et l'autre, de ce qui différencie l'une de l'autre dans l'essentiel.

 

La faiblesse de l'A.T. est de ne pas tenir compte de l'objet qu'elle étudie, de ne pas tenir compte du vivant. C'est de considérer en premier, non pas l'objet d'étude, mais le modèle, l'outil élaboré, qui restreint le champ de vision, voire le supprime.

La faiblesse de l'A.T. c'est de ramener la relation humaine et vivante à des schémas mécanistes imaginaires, ni humains, ni vivants, ne traduisant ni l'intelligence, ni la volonté .

 

Les fonctions psychiques rapportées aux états du Moi, distincts les uns des autres, forment une fiction et aboutissent à une impasse.

 

Même si nous admettons un instant le P.A.E., dès lors que nous posons qu'un message est destiné à produire un effet sur un interlocuteur, l'auteur du message met en jeu plusieurs états de son moi, par le fait qu'il tient compte à la fois de la situation et de son interlocuteur. Par exemple : j'ai besoin de savoir l'heure et je n'ai pas de montre ; je me pose la question : "Quelle heure est-il ? A qui demander ? (Moi Adulte). J'aperçois un homme assez grand, absorbé dans une lecture sérieuse ; j'appréhende de le déranger (Moi Enfant). Je vais lui demander l'heure très poliment et en souriant : il faut être aimable (Moi Parent). Par le fait qu'on tient compte à la fois de la situation et de l'interlocuteur (du moins n'est-il pas aberrant d'en formuler l'hypothèse chez un être se comportant rationnellement) il serait logique d'admettre qu'une transaction résulte de l'interaction de plusieurs états du moi. Est-il possible de ne pas tenir compte du contexte situationnel ? Autrement dit : la formulation d'un message, au lieu d'être censée traduire un seul état du moi, ne devrait-elle pas être tenue pour la résultante d'un état du moi auquel s’ajoute un jugement porté sur la situation (qui peut correspondre à un second état du moi) et au autre jugement  porté sur l'interlocuteur (jugement qui peut correspondre à un troisième état du moi).

 

De même, tenir compte de l'interlocuteur, c'est peut-être viser en lui plusieurs états du moi. C'est peut-être s'adresser à l'intelligence de quelqu'un (moi Adulte) en visant l'expérience (moi Parent, i.e. la personne se trouve confortée dans son expérience si on la consulte). Ou bien à l'inverse, on peut s'adresser aux sentiments (moi Enfant) pour viser l'intelligence (moi Adulte, i.e. on intéresse une personne à une activité intellectuelle en la présentant comme un jeu) Tous les pédagogue ont essayé ce schéma. Etc.. Un échange entre deux personnes, ne peut donc pas s'analyser à l’aide d’un état du moi d'un locuteur I s'adressant à un état du moi d'un locuteur II.

 

Produire des échanges où les états du moi demeurent distincts, sans confusion ni mélange, où un seul état du moi s'adresse à un seul autre état du moi de l'interlocuteur, serait-ce encore de la communication ? Existe-t-il de tels messages ? N’est-ce pas découper le Moi  en fines tranches de saucisson les facultés psychiques quand il faudrait les tenir ensemble ?  Ce genre de message ne flotte-t-il pas dans un univers irréel ? L'A.T. montre bien qu'elle élabore un système d'analyse, mais ne montre pas ce qu'elle analyse ni ce qu'elle interprète. Elle se montre attentive à la construction des modèles psychiques qu'elle érige, mais ne dit rien sur la relation du sujet au réel. Elle rend absurde toute analyse. (Sans référence au réel, il n'y a en effet plus rien d'autre à analyser que le mécanisme qu'elle imagine. La négligence du contexte situationnel comporte de lourdes conséquences. L'A.T. se contente de poser un sujet schématisé, idéalisé, correspondant à un mécanisme préétabli. L’inanité du système débouche inévitablement sur l’interprétation et sur le diagnostic immodéré de  ‘messages à double fond’.

Pourquoi, en effet,  appeler transaction à double fond ou transaction cachée un message où plusieurs états du moi sont mobilisés, alors qu'il semble bien que cela soit une nécessité dans une communication rationnelle ? Le vocabulaire "double fond", "caché" pose la conclusion avant l'analyse. Elle oriente vers une "norme" de transactions parallèles ou complémentaires dont la "normalité" n'est pas démontrée et tente, devant l'échec d'analyse des transactions simples, de justifier l'attitude d'interprétation.

Or, cette attitude soulève de nouvelles questions. Les transactions cachées ou transactions à double fond se classent non pas en fonction de messages attestés, mais en fonction du non-dit : quel "modèle" représentera le non-dit ? Quelle preuve a-t-on qu'un message est une transaction à double fond ? L'état de l'analyste est-il neutre - et sûr - pour produire un modèle adéquat ? Quelle preuve en a-t-on ? Quelle valeur pourra-t-on concéder à ses suppositions ?

           

Ces questions se posent toujours aux  théories interprétatives du comportement, même si (et surtout si) les tenants de ces théories crient à l’incompréhension et à l’abus rationaliste.

 

 

Contradiction de méthodes

 

L’interprétation,nécessaire dans l’analyse de la transaction à double fond constitue une contradiction avec l’attitude première et fondamentale de l’AT qui se présente d’abord comme une méthode fondée sur la fabrication de « modèles », terme que nous explicitons ci – après. La contradiction est si profonde que  certains praticiens de l'A.T., nous le savons par les discussions que nous avons eues avec eux lors de rencontres professionnelles, admettraient mal de voir leur discipline qualifiée de système d'interprétation. Ils protesteraient que l'interprétation n'est pas au cœur de l'A.T. dans la mesure où leur objectif n'est point tant d'expliquer que de proposer un schéma possible. L'A.T. ne se présente pas comme une théorie, c’est à dire une tentative d'explication ou d'interprétation. L'A.T. propose des modèles qui prétendent, en tant que modèles, non pas figurer le mécanisme réel (la cause cachée du comportement), mais représenter uniquement un mécanisme - sans rechercher de vraisemblance - dont on peut admettre que fonctionnellement, il joue un rôle équivalent à la cause vraie. Plus exactement que "rendre compte", on pourrait dire qu'un modèle permet de reconstituer artificiellement un comportement. Certains admettront que cela suffit sans aller jusqu'à vouloir "comprendre" . Selon nous, un "modèle" est en A.T. une sorte de "prothèse" psychique destinée à imaginer mécaniquement une reconstitution possible du comportement.

Elaborer un modèle revient à produire une représentation par laquelle les comportements observés pourraient effectivement se produire. Proposer des modèles "qu'on sait bien ne pas exister" – ajoutent ces praticiens – n'est pas un acte interprétatif. C'est proposer une "logique" susceptible de reproduire le comportement.

La distinction est en effet capitale sur un plan épistémologique : un modèle ne prétend nullement et ne cherche nullement à cerner la vérité ; il cherche seulement à mettre des phénomènes en représentation : il n'a donc nul besoin de prouver son existence ou sa probabilité ; à la différence d'une hypothèse qui, lorsqu'elle est suffisamment confirmée, devient une thèse.

 

            Mais cette différence – légitime – peut aussi n'être qu'une déclaration d'intention entretenant l’ambiguïté : dans la mesure où l'on se référera au "modèle" non pas seulement pour représenter mentalement, mais pour "comprendre" le comportement, pour en fixer les origines et les raisons et finalement en rendre compte ; dans la mesure où le "modèle", de représentatif, devient principe explicatif .

Autrement dit : la prétention à fournir des modèles, au lieu de fournir des interprétations, est-elle autre chose qu'une tentative d'interprétation qui ne dit pas son nom et qui espère (naïvement) échapper à la critique épistémologique ? .

 

 

 

Méprise réductionniste sur la nature du langage humain

 

La linguistique fondée par Gustave GUILLAUME, appelée psychomécanique du langage, formule des considérations fort intéressantes qui révoquent en doute la pertinence du confinement dans l'intersubjectivité des locuteurs. Faisant abstraction du contexte, nous lisons, sous la plume de M. ROCH VALIN "Si le langage humain assume si admirablement son évidente fonction sociale, c'est parce qu'il la transcende, la construction qu'il représente ayant ses fondements non pas - ce qui est le cas du langage animal - au rapport social, c'est à dire au "petit face à face" homme - homme, mais au "grand face à face" homme - univers. Construit sur le seul rapport social, le langage humain ne se distinguerait pas du langage animal et l'homme serait incapable de communiquer à l'homme autre chose que ce qui concerne et intéresse, de près ou de loin, la conservation et la propagation de l'espèce à laquelle il appartient..."

"Or," continue le linguiste, "l'édifice entier de son langage est assis, non pas sur le rapport social d'appartenance de l'homme à la société des hommes, mais d'emblée sur le rapport d'appartenance de l'homme à l'univers (in "Langage et science du langage", Librairie A.G. Nizet, Paris 1964, introduction de Roch Valin, p. 22).

Si le psychisme de la langue intègre le rapport homme-univers, la notion d'état du moi s'adressant à un autre état du moi devient dérisoire. La divergence, toutefois, réside principalement dans le fait que les états du moi limitent les échanges au rapport social, alors que le psychisme enraciné sur le rapport homme-univers, est un système qui rend possible tous les rapports, tous les discours, toutes les pensées, tous les comportements. Eric Berne voulait échapper à l’accusation de réductionnisme en calculant que l’interaction des trois états du Moi débouchait sur 81² possibilités de relations. Mais la quantité n’y change rien. Même si le calcul de Berne était vrai, nous aurions toujours la figure P.A.E. confinée au rapport social.

 

Autre observation, toujours inspirées des observations de Gustave Guillaume.

L’AT n’étudie pas le psychisme humain ni l’élaboration des comportements à partir des facultés psychiques et c’est son tort. Un début d’analyse psychologique devrait intégrer que tout comportement observable a d’abord été possible avant d’être réalisé. Il était donc potentiellement contenu dans le sujet humain avant d’être effectivement produit, c'est-à-dire actualisé. C’est le passage du potentiel à l’actuel qui doit être étudié et qui nous renseignerait le plus sur le sujet humain. Ce passage peut être figuré par un axe Potentiel – Actuel.

Cet axe de développement se conjugue également avec la croissance naturelle des individus qui

passent de l’enfance à l’âge mûr et atteignent ensuite la vieillesse. A chaque âge se retrouve cet axe d’élaboration des comportements. Mais les facultés psychiques se sont développées selon leur nature avec la maturité. L’imagination de l’enfant a mûri dans l’age mûr ; l’intelligence dont un enfant est doté, existe bien chez un l’adulte, mais confortée par l’expérience, etc. A ce titre, parler d’Enfant dans le Parent’ comme le fait l’AT, n’a pas beaucoup de sens.

L’axe de développement des comportements le long duquel s’élabore les conduites qui atteignent une plus ou moins grande perfection, peut être interrompu par une interception du comportement en cours d’élaboration

En effet, les conduites s’élaborent sur l’axe Potentiel –Actuel et atteignent une plus ou moins grande perfection. Il peut se trouver que le comportement soit intercepté avant d’arriver à sa maturité complète, à sa perfection. Le comportement est alors défectueux.

Ainsi, par exemple, dans l’apprentissage, on constate fréquemment des difficultés de compréhension. L’exemple de corps solides immergés dans l’eau illustreront notre propos. Un enfant, voire un adulte observe qu’un morceau de polystyrène flotte sur l’eau alors qu’un gros caillou coule à pic. On attribue spontanément à l’objet immergé l’action de couler ou de flotter. Cette ‘compréhension’ empêche d’attribuer l’explication du phénomène non plus aux corps, mais à l’eau. On est alors très loin de la compréhension d’Archimède.

Souvent, l’incompréhension est due à une représentation erronée, venue hâtivement et résultant de la perception de faits déjà connus et insuffisamment interprétés. Il revient au pédagogue d’identifier la ‘mauvaise’ interprétation qui empêche compréhension juste.

Pour la même raison, le découpage freudien de l’esprit humain en Moi, Surmoi et Inconscient, ou le dé coupage PAE, ont été tellement vulgarisés qu’il est presque impossible au commun des mortels de se défaire de ces analyses préconstruites conduisant toujours aux mêmes résultats. Ce sont là des systèmes qui provoquent une interception hâtive de l’observation des comportements et de leur compréhension et qui livrent des résultats en proportion de leur immaturité.

 

Il n’est pas dans notre intention de développer plus avant tout le parti qu’on pourrait tirer de l’étude du passage du potentiel à l’actuel. Contentons nous d’évoquer ici les stupidités qui découlent souvent de l’esprit de système. C’est justement l’esprit qui juge hâtivement et tire d’un principe défini des conclusions sans contrôler leur pertinence à l’épreuve des faits. L’esprit de système c’est l’esprit des idéologies. Il est capable de faire couler beaucoup de sang.

 

Hugo Clementi

 

L'abandon de l'étude des facultés mentales remplacée par des états du moi imaginés, ne permet évidemment pas d'étudier le sujet humain.

C’est aussi sur ce point que l’A.T. se distingue de la psychanalyse.

Parent-Adulte-Enfant sont trois étiquettes servant à regrouper par famille des comportements observables. Mais ces étiquettes étaient appelées par Berne « les organes psychiques ». Cf. Lenhardt, p. 39. L’ambivalence des modèles en A.T. est un trait fondamental.

Nous continuerons d’appeler l’A.T. une "théorie interprétative" et ses modèles des "hypothèses". Le lecteur saura que nous enregistrons la distinction que certains praticiens veulent marquer. Mais un modèle, à plus d’un égard, reste une supposition et la volonté de "représenter" le comportement ne se distingue pas, dans l’A.T., d’une "interprétation".

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