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Un regard sur la technocratie qui se manifeste dans le management avant de se répandre sur la société toute entière. L'origine des théories, les manipulations mentales, l'amoralisme et la société de consommation, la déchristianisation. Un remède : la doctrine sociale de l'Église

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L'OBJET DE LA COMMUNICATION

 Certains lecteurs nous ont fait remarquer qu’il n’était pas évident d’incriminer les thèmes du management comme causes de la déchristianisation actuelle de notre société. Or, l’ambition de  l’ICRES est de montrer que l’entreprise joue un rôle primordial en la matière. Nous avons interprété cette remarque comme une demande de mise en évidence plus directe du rapport management – apostasie du grand nombre. La relation doit surtout apparaître plus directement. C’est pourquoi nous étudions, dans cette série d’articles, le point particulier de la communication telle qu’elle est vue dans le contexte des entreprises éprises de management.

 
FAIRE EVOLUER LES MENTALITES
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 Pourquoi étudier la communication ? se demande Paul Attalah  , professeur à l’Université de Québec. « Nous étudions la communication, répond-il, parce qu’elle constitue l’assise même des sociétés modernes. » L’affirmation est importante, car elle caractérise la modernité. Ainsi, la communication ne sert pas seulement comme outil pour échanger des messages, elle fonde notre société. Quelques lignes plus bas, Paul Attalah donne la raison du rôle ainsi dévolu à la communication. « Le trait distinctif qui sépare la société moderne de toutes les sociétés antérieures est la disparition de la transcendance divine et son remplacement par la raison. » Or, la communication s’établit par l’usage de la raison.

 Toutefois le remplacement de la transcendance divine par la raison ne relève pas du phénomène naturel. Les choses n’évoluent pas d’elles-mêmes, c'est-à-dire sans que l’homme ait besoin d’y pourvoir. Les sommes consacrées à la communication en entreprise, qu’il s’agisse de la communication externe (publicité et relations clientèle), de la communication interne et des formations à la communication, attestent que cette activité fait partie d’une politique volontaire et fermement établie. Le maître mot des entreprises, la raison d’être des formations à la communication, c’est l’évolution des mentalités. Le postulat de départ est que, dans la situation actuelle, on ne peut ni s’organiser ni communiquer comme on le faisait il y a encore seulement vingt ou trente ans . Mais à quoi les entreprises se réfèrent-elles ? En quoi doit consister le changement ?


LE CREDO RELATIVISTE

 

Tout commence par le constat des difficultés à transmettre fidèlement un message.

On explique les déformations, les incompréhensions, les interprétations abusives et les échecs de communication qui en découlent par la manière dont nous percevons le monde extérieur. Si, dans l’entreprise, les appréciations divergent sur les besoins des uns et des autres, sur les délais nécessaires à une action, sur les initiatives à prendre ou ne pas prendre, ou encore sur les priorités à établir entre plusieurs objectifs, cela vient du cadre de référence dont voici une définition tirée d’un document de stage. « Le cadre de référence est l’ensemble des données culturelles et psychologiques conscientes ou inconscientes qui déterminent et conditionnent la perception des réalités pour un individu (vécu personnel, culture, groupe d’appartenance, traditions, etc.) déterminent en effet nos paroles, nos actes, prises de positions, besoins, principes, etc. »  

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Le cadre de référence

De ce cadre de références différent pour chacun, « découlent nos styles de communication, et nos idées, la tendance à évaluer les autres en fonction de notre propre système de références, la perception d’autrui à travers le prisme déformant de nos attitudes et de nos habitudes. Dans la communication s’en suivent blocages, déformation et refus de communiquer.  »


Les conséquences psychologiques et morales

Présenter ainsi la communication et la relation interpersonnelle est une grave erreur. Il ne s’agit évidemment pas de nier que l’incompréhension puisse exister entre deux interlocuteurs. Ni même de nier que la manière de concevoir la vie entre un catholique grec et un mormon américain diffère grandement. Mais nous devons faire ici cinq remarques.

 Premièrement, les cadres de références n’ont pas tous la même valeur. L’histoire nous le montre. La cadre de référence de Socrate buvant la ciguë, en exhortant ses disciples à respecter et à aimer la loi de la cité se classera sans difficulté au dessus du cadre de référence d’un truand tel que Mesrine ou Dennis Kozlowski, ancien PDG de Tyco Internationa (2001) qui ne trouvait rien de mieux que d’encaisser frauduleusement des centaines de millions de dollars US. (Source : www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie-Affaires/)

Deuxièmement, le cadre de références ne conditionne pas totalement la pensée humaine. Par exemple, nous pouvons comprendre qu’un enfant n’a pas la même relation à l’argent qu’un adulte, et nous sommes plus ou moins conscients et capables d’adapter notre discours en conséquence. Notre intelligence peut nous sortir de nos habitudes de vie. S’il n’en était pas ainsi, nous ne serions pas même conscients de l’existence des cadres de références.

La troisième, c’est que nous sommes capables de trier, dans notre cadre de références ce qui est essentiel et ce qui est accessoire. Par exemple le cadre de référence d’un catholique fait passer la justice au travail, le respect de la vie de famille avant certaines ‘valeurs’ telles que l’obtention d’avantages en nature (voiture personnelle, bureau luxueux, logement de fonction) ou gratifications diverses (voyages à l’étranger en récompense du chiffre d’affaires par exemple).

 Quatrièmement, chaque cadre de références ne correspond pas à une nature différente. La nature humaine leur est commune. C’est pourquoi ils ont en commun une ébauche plus ou moins parfaite de la loi naturelle, c'est-à-dire l’ensemble de prescriptions et d’interdictions que le créateur a mis dans le cœur de l’homme. Pie XII indiquait clairement la position transcendante de la loi naturelle au dessus des particularismes de toute sorte : ‘‘Que l’on appelle ces exigences de la nature  « droits », « normes éthiques », ou postulats de la nature, peu importe. Mais il faut reconnaître le fait qu’elles existent, qu’elle n’ont pas été établies par le caprice de l’homme, qu’elles sont enracinées ontologiquement dans la nature humaine, que l’homme ne l’a pas façonnée lui-même’’… (Allocution du 19 octobre 1953).

Il revient sur le sujet en 1955 : « Le premier postulat de toute action pacificatrice est de reconnaître l’existence d’une loi de nature, commune à tous les hommes et à tous les peuples, qui est la source de toutes les normes de l’être, de l’activité et du devoir, et dont l’observance facilite et assure la cohabitation pacifique et la collaboration mutuelle’’ (Discours du 13 octobre 1955 au centre italien d’Étude pour la réconciliation internationale).

Cinqièmement : Derrière la notion du cadre de références sont  posées les questions sur la valeur de la civilisation et de la nature humaine.


 Le relativisme détruit l’homme, la société, la civilisation.

 Enseigner que le cadre de références est un obstacle, un piège, un filtre qui nous empêche de communiquer avec l’autre, c’est poser un acte subversif radical, dans la mesure où il s’attaque à la racine de la pensée humaine.

L’animation des stages de communication est émaillée d’exercices qui viennent étayer l’affirmation relativiste. Qu’il s’agisse de l’image de Boering, (présentant dans un même dessin un visage de femme jeune et un autre de femme âgée) ou du cube de Necker, (qu’on dessine avec toutes ses arêtes en traits pleins et de même grosseur, le cube pouvant ainsi paraître indifféremment orienté plutôt à gauche ou plutôt à droite), il n’y a là rien qui puisse réellement fonder une théorie. Mais pour réagir, encore faut-il avoir quelques notions de philosophie réaliste, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour notre monde déchristianisé.

De ces simples illusions d’optique, le sceptique conclut que chacun voit midi à sa porte, que nous percevons les situations de notre point de vue, avec notre a priori, nos intérêts, nos habitudes etc. On en déduit que l’homme n’est pas capable de vérité, que sa connaissance ne peut prétendre à l’objectivité. On dit qu’il croit connaître les choses alors qu’il ne peut atteindre que ses impressions et sa subjectivité. Le relativisme ferme l’esprit, épuise le courage, propage le doute. Or, comme le disent fort justement certains de nos amis : le doute rend idiot.

 Dès lors, que faire ? Pour nos spécialistes en communication,et pour mieux écouter l’autre, il est indispensable d’éteindre nos convictions. Il est indispensable de quitter ce qui nous guide : notre expérience, notre savoir, nos principes, afin de s’ouvrir au point de vue de notre interlocuteur et coûte que coûte, se mettre d’accord avec lui. Or, c’est à partir de « l’écoute » et des injonctions à « l’ouverture » que des psychologues tels que Carl Rogers ou certains de ses disciples tels que Elias Porter ont réussi un véritable travail de déstructuration.

 Antoine Marie Paganelli


NOTES 

  Paul Attalah, Théories de la communication. Histoire, contexte, pouvoir. Université de Québec Télé université (2000) p.314. Le professeur Paul Attalah est également à l’origine d’un autre livre Théories de la communication. Sens, sujet, savoir (1991). Ces deux ouvrages couvrent un champ extrêmement vaste qui recoupe l’étude de la pensée moderne, l’étude des médias, la sociologie, la philosophie, etc. Le sujet d’étude, embrassant tant de domaines, aurait pu tourner au bric à brac sans queue n i tête. Au lieu de cela, nous avons affaire à un travail sérieux, méthodique et compétent. On regrettera toutefois l’a priori antireligieux marqué, en accord avec le consensus universitaire actuel, qui entraîne la méconnaissance des conséquences de l’amoralisme moderne. Or, si la morale (c'est-à-dire si le bien) n’est plus là pour diriger les actions humaines, comment va-t-on les diriger ? A quoi servent l’intelligence et la volonté ?

  Il y a vingt ou trente ans, les attendus et les outils mis en œuvre étaient identiques. Il fallait changer. C’est le sempiternel discours, unique et fastidieux, que produit notre époque.

  Il ne faut pas confondre le cadre de références, qui est le produit de notre éducation, de nos habitudes culturelles, de notre vécu professionnel et quotidien, et le cadre de cohérence qui est un ensemble de critères propres à un style et qui ne doivent pas se contredire. Par exemple l’initiative ou la gestion personnelle de son temps n’entrent pas dans le style tayloriste de management. Le cadre de cohérence demande plutôt une fidèle application des procédures et le respect des temps. Cette distinction est importante en organisation.

  Document en possession de l’Icres

Tyco international, entreprise américaine d’électronique, fondé par Arthur Rosenberg en 1960. Emploie approximativement 250.000 personnes dans une centaine de pays différents. Chiffre d’affaires en 2002 : 36 milliards de dollars US

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