Un regard sur la technocratie qui se manifeste dans le management avant de se répandre sur la société toute entière. L'origine des théories, les manipulations mentales, l'amoralisme et la société de consommation, la déchristianisation. Un remède : la doctrine sociale de l'Église
Nombre de nos visiteurs ont frappé à la porte de notre site dans l’espoir de trouver des renseignements ou un éclairage chrétien sur certains auteurs : Blake et Mouton, Rensis Likert, Hersey Blanchard et autres Tannenbaum et Schmidt, etc. C’est pourquoi nous avons demandé à notre infatigable Hugo Clementi de convertir en articles pour le site Icres le cahier qu’avait rédigé Michel Tougne sur les divers styles de management en ajoutant Tannenbaum et Schmidt qui semblent très demandés. Vous trouverez tous ces articles sous la rubrique styles de management.
Technocratie et humanisme managerial
L’optique dans laquelle nous travaillons ne change pas : il s’agit d’une enquête sur la déchristianisation. Nous partons de la conviction et du constat que le monde du travail moderne porte en lui-même, à un niveau de concentration supérieur à la moyenne, les ingrédients qui dissolvent non seulement nos institutions, mais aussi la morale personnelle en rongeant la loi naturelle au nom d’un faux réalisme.
Répétons nous : nous ne disons pas que le travail est corrupteur, mais que le monde du travail est parasité par « l’esprit technique » que déplorait Pie XII, en d’autres termes par la technocratie qui hausse l’approche technique des êtres et des choses au rang d’architectonique des sciences et ravale la morale au rang d’un subjectivisme personnel sans portée sociale. Quant au personnalisme, en tant que dimension constitutive du management, il existe depuis Elton Mayo. C’est la conjugaison de ces deux courants qui donne lieu à la description des divers styles d’organisation du travail.
Un sujet épineux
Nous n’ignorons pas que la défense de la dimension morale, c'est-à-dire la défense de la dimension spirituelle de l’homme, a sombré chez de brillants auteurs (Maritain, Mounier et d’autres) dans un personnalisme non moins subversif à l’égard de toute autorité, et donc de nos institutions, que ne l’est aujourd’hui la technocratie à prétentions mondialistes. Or, autant la technocratie est un facteur de déchristianisation, autant l’est le personnalisme par son refus de l’autorité (et donc de la Révélation et des paroles d’autorité venant de l’Eglise). On parle aujourd’hui d’un personnalisme « chrétien » en persuadant l’homme qu’il porte inconditionnellement Dieu au fond de lui-même. N’a-t-il pas été créé à l’image de Dieu ? N’a-t-il pas été racheté par le Christ ? Et comme le dit Gaudium et Spes (22, 2) le Christ, par son incarnation, ne s’est-il pas uni à tout homme en prenant la nature humaine? Ce personnalisme chrétien estime que le fait de l’incarnation confère à la nature humaine une dignité nouvelle à laquelle sont associés des droits inaliénables, irrévocables, inamissibles, etc. On ne peut dès lors soumettre l’homme à aucun projet social, économique ou politique. L’homme est toujours au dessus de tout. L’institution sociale, quelle qu’elle soit, n’a plus d’autorité propre. Elle ne peut et ne doit jamais être servie. Elle doit servir. Le personnalisme s’apparente à la subversion libérale.
L’homme : être social et citoyen du ciel
La vérité sur l’homme oblige à reconnaître sa dimension sociale, à reconnaître son ordination au tout. En tant qu’être social, il ne trouve sa raison d’être qu’en étant intégré et ordonné à la société. Mais n’oublions pas que l’ordination au tout social ne dépasse pas l’objet de la vie en société : le bien commun qui se résume dans les règles du bien être ensemble (aspect matériel)et du bien agir (aspect moral). La dimension humaine dépasse l’objet social dans la mesure où pour chacun de nous, la grande affaire ici-bas, est de faire son salut. Les hommes ont une vocation à l’éternité, alors que les sociétés périssent.
Mais il n’en suit pas que l’homme puisse se passer de la société. On ne peut en inférer que la personne, partie du tout social, soit au dessus du tout. L’homme a aussi besoin de la société quand il pense à faire son salut. Toutes les normes de son être lui indiquent qu’il est fait pour la famille, le travail, la société tout entière. Cette vérité profonde trouve sa preuve vécue dans la souffrance des personnes au chômage. Ne plus être utile, être comme exclu de la vie sociale, cause une souffrance alors même que la gêne économique n’est pas encore là, parce que la partie non adaptée et non rapportée au tout n’a plus sa raison d’être. Le chômage est ressenti comme une injustice, et il l’est, dans la mesure où l’homme, fait pour vivre en société, a le devoir de participer au bien commun. Or, c’est ce devoir qui devient impossible. L’homme souffre beaucoup plus de ne pas pouvoir accomplir ses devoirs que d’être lésé dans ses droits.
La mentalité moderne n’analyse pas au-delà des phénomènes. Elle s’arrête donc à la souffrance, dont elle prend acte, et en perçoit la cause dans le chômage, surtout par son impact économique, sans se demander pourquoi le chômage est cause de souffrance morale avant d’être cause de souffrance économique.
Statut de la critique du management
Voici les points principaux que nous ne devrons jamais perdre de vue lors de la mise en perspective des styles de management :
la technocratie est présente dans le management, mais le personnalisme l’est aussi. On demande au manager d’intégrer ces deux dimensions, prises comme complémentaires, de les équilibrer, alors qu’il s’agit de deux subversions. Les articles dans la rubrique « styles de management » étudient le dialogue entre deux subversions.
Dans notre critique, nous devons tenir fermement deux objectifs : le premier est d’exposer fidèlement les auteurs dans l’essentiel de leur pensée. Le second est de montrer en quoi les idéologies qui sous-tendent les théories sont subversives sans pour autant développer une critique excessive qui nous ferait tomber dans une erreur inverse. Nous savons que la technique a du bon, et comme Pie XII l’enseigne, nous disons qu’elle peut nous servir à découvrir les richesses de la création et nous donner les moyens d’améliorer l’existence des hommes. Quant au personnalisme, nous savons aussi que notre critique ne peut aller jusqu’à nier, dans la nature humaine, la personne, c'est-à-dire cet être rationnel et libre, capable de se déterminer et de poser des actes dont il ne fait aucun doute qu’il est moralement responsable.
Michel Tougne