Les périodes électorales donnent l'occasion de réfléchir à la situation de notre pays. C'est pourquoi nous formulons, à l'adresse des candidats qui
sollicitent nos suffrages, cinq questions tournant autour de la technocratie actuelle. S'ils y trouvent intérêt et nous le font savoir, nous ne manquerons pas de publier leur réponse.
Première question : Le fondement de l'Europe se résume dans les principes
de liberté de circulation des biens, des capitaux, des personnes et dans le droit d'établissement. L'Etat français n'a plus de monnaie et ne contrôle plus ses frontières. En conséquence, comment
l'Etat peut-il réguler l'économie quand tous les leviers de régulation lui échappent ? Et, sans politique économique, comment avoir une politique sociale équilibrée ?
Deuxième question : Traditionnellement, le parlement sert à lever l'impôt et à contrôler
l'action du gouvernement. Il peut aussi proposer et voter des lois. Aujourd'hui, la grosse majorité des textes législatifs découle des directives européennes et nous arrive de Bruxelles. Quant à
L'Etat, il n'a plus les moyens d'avoir une politique fiscale autonome. L'exemple de M. Chirac, voulant réduire la TVA de la restauration à 5,5% et n'y parvenant pas à cause du refus de
l'Allemagne, nous le montre clairement. C'est pourquoi nous sommes amenés à poser la question de l'utilité de nos institutions politiques.
A l'heure actuelle, harmonisation oblige, l'Europe enlève le pouvoir aux élus. Comment définir un programme politique, si l'on n'est pas maître de son financement ? Comment promouvoir les
exportations quand on sait que l'Euro à 1,3 Dollar pénalise les entreprises françaises ? Que peuvent nos institutions politiques ?
Certes, un euro fort favorise les états importateurs et pénalise les états exportateurs. Le mécanisme joue aussi pour les pays ne faisant pas partie de la zone euro.
Ainsi, les pays nouvellement devenus membres de l'union ont-ils intérêt à acheter à l'extérieur de l'Europe. N'est-ce pas pousser
le sacrifice un peu loin ? La monnaie unique européenne finit par favoriser l'importation en Europe des produits non européens payés en
dollars.
Troisième question : Nous venons d'assister à l'achat d'Arcelor par Mittal contre l'avis de
l'Etat français. Dans le projet de fusion de Suez avec Gaz de France, c'est Bruxelles qui donne son accord. Or, la commission de Bruxelles est composée de fonctionnaires internationaux qui se
sont engagés, par serment, à ne favoriser aucun pays par rapport à un autre. En d'autres termes, ils se sont engagés à ne représenter les intérêts d'aucun pays en particulier. Comment accepter
que la France, comme les autres pays européens, soient gouvernée de facto par des fonctionnaires qui, par serment, ne représentent rien et n'ont jamais été élus par personne ? Comment accepter
que l'Etat français soit soumis à la surveillance, aux remontrances et aux menaces de pénalités de la commission de Bruxelles ? Que se passerait-il si les préfets se mettaient à faire des
remontrances à l'Etat et à luji deamnder le payement de pénalités ? Nous ne sommes ni en monarchie, ni en anarchie, ni en démocratie. Dans quel régime politique sommes-nous maintenant ?
Quatrième question : La globalisation entraîne achats, fusions, restructurations, instabilité.
La stratégie de l'entreprise mondiale qui opère à travers un réseau de fournisseurs et sous-traitants, fait disparaître dans l’anonymat des décideurs réels. Pour autant, les décisions sont prises
et doivent s'appliquer. Simplement, on ne sait ni d'où, ni de qui elles émanent. Il s'ensuit un travail sans finalité, instable, irrationnel, générateur de stress au point que cela devient la
première cause des arrêts de travail. Le coût du stress correspond à un des premiers postes de dépenses de la sécurité sociale (45 Milliards d'€). La question dépasse même en importance celle du
tabac.
En matière de santé publique, doit-on tout laisser faire à ces acteurs anonymes qui alimentent non seulement le désenchantement général, mais aussi le trou de la sécurité sociale ?
Cinquième question : Les économistes montrent par les statistiques (enquêtes annuelles
d'entreprises) que l'optimisation des coûts par les délocalisations n’est nullement assurée. En effet, lors d'une délocalisation, les achats changent peu, alors que les salaires varient fortement.
Mais les charges de personnel représentent en moyenne quelque 18% du CA, alors que les achats représentent plus de 71%. On ne gagne donc que sur ce qui affecte le moins le CA. C'est pourquoi,
dans nombre de cas, les coûts et les risques entraînés ne justifient pas la décision de délocaliser
Voici notre question : Les délocalisations correspondent moins à des impératifs de concurrence (baisser les prix) qu'à une stratégie mondiale mettant les Etats en situation de dépendance, au détriment de l'intérêt économique national. Le coût humain des délocalisation peut
s'évaluer en termes de postes de travail perdus. En dix ans, nous arrivons à un chiffre d'environ 450 000. Dans dix ans, si rien ne change et si les délocalisations se produisent au même rythme, ce
seront à nouveau 450 000 emplois supplémentaires perdus. En tant que politique, comment réagissez-vous devant ces faits ?