Un regard sur la technocratie qui se manifeste dans le management avant de se répandre sur la société toute entière. L'origine des théories, les manipulations mentales, l'amoralisme et la société de consommation, la déchristianisation. Un remède : la doctrine sociale de l'Église
Qu’en est-il dans l’entreprise ? Dans le domaine de la structuration du corps social, comme dans d’autres, ce qui se passe dans l'entreprise préfigure les phénomènes qui affectent notre société. A celà, il n'y a rien de mystérieux. Notre société accorde à l'industrie et au commerce un rôle prédominant et normatif.
Représentons d'abord ce qu'est la hiérarchie. Nous verrons ensuite son statut actuel dans le management.. Schématiquement, on peut représenter l’entreprise en partant du patron, qui délègue à ses cadres des responsabilités. Les cadres, aidés des agents de maîtrise, coordonnent l’action du personnel, afin que l’entreprise fabrique et vende un produit dans des conditions convenant à la clientèle et permettant à l’entreprise de vivre et de se développer. L’agent de maîtrise, dans un atelier, encadre une équipe de production
De par sa position, l’agent de maîtrise fait partie de son équipe. Il n’en est pas seulement le chef, il en est d’abord membre. Il appartient à l’équipe.
De par le mandat donné par la direction ou par les cadres, il fait également partie de l’ensemble hiérarchique. Cette seconde appartenance lui vient du mandat qu’il reçoit. En vertu de ce mandat, il agit en lieu et place de la hiérarchie placée plus haut. L’agent de maîtrise a donc, du fait de sa position dans l’organisme, une double appartenance. Cette double appartenance concourt à la cohésion de l’ensemble Chaque poste dans la hiérarchie est à la jonction de deux ensembles. La structure hiérarchique assure l’unité. Celui qui occupe un poste hiérarchique est le mieux placé pour percevoir les disjonctions, les incohérences, voire les contradictions qui surgissent à tout moment dans le corps social.
La hiérarchie sert à assurer l’unité, la cohérence, la cohésion. Une figure illustrera notre propos :

L’entreprise est un corps social vivant. Sa nature la porte à vivre, à se développer et même à survivre aux membres qui la compose. Certes, elle peut se transformer, mais en tant qu’institution collective, elle ne peut jamais vouloir mourir. Elle doit donc poursuivre son bien.
Mais quel est ce bien ? Les bénéfices ? Une clientèle plus importante ? Des salariés bien formés ? C’est l’ensemble. Le bien de l’entreprise concerne tous ses aspects et donc tous ses acteurs. C’est le bien commun.
L’entreprise entretient nécessairement des rapports avec divers partenaires extérieurs : les clients, les fournisseurs et les sous-traitants, les banques, les administrations sociales et l’Etat.
Là encore les rapports doivent être équilibrés, viables, pour que l’entreprise puisse vivre et faire vivre les membres qui la composent. Les rapports avec l’administration doivent être clairs, sans arriérés ni contentieux. Une entreprise saine n’a rien à cacher.
Le bien commun de l’entreprise réside dans les conditions qui permettront à chacun d’exercer ses fonctions avec honnêteté et sérénité, en conformité avec les règles morales propres au travail. Donner envie de bien faire est une composante du bien commun. Cette harmonie n’est pas assurée d’avance : il y faut travailler. (Il y a bien des cas où l’organisation d’une entreprise donne intérêt à tricher, à mal faire, voire pénalise celui qui veut bien faire. Ainsi, par exemple, juger les collaborateurs principalement sur leurs résultats peut inciter des responsables à différer des investissements, voire une maintenance pourtant indispensable, afin d’améliorer provisoirement les marges. C’est le successeur qui supportera ce retard). Le respect du bien commun exige de tous un comportement où s’exercent les vertus morales : principalement vérité, justice et solidarité. L’harmonie peut exister un certain temps et se trouver subitement compromise : il faut alors y retravailler.
Ce bien de la collectivité ne peut exister en dehors des droits légitimes – qui préexistent à l’entreprise - des divers partenaires en lien avec elle. C’est pourquoi elle ne peut inscrire son action en dehors du bien commun de la collectivité nationale, ni dénier aux salariés le droit de concilier leur vie professionnelle avec leur vie familiale.
Le bien commun est le premier souci de la Direction et de l’ensemble de l’encadrement. En faisant respecter par tous le bien de la collectivité, l’encadrement assure une fonction de justice distributive. Il permet à tous de participer à l’ordre et à la justice dans les relations. En œuvrant pour la création et pour le maintien des conditions de prospérité matérielle, ou des conditions de vérité et de justice dans les rapports, il assure à l’entreprise toute entière, stabilité et sécurité. En poussant au progrès des connaissances et des savoir-faire, il assure le développement professionnel, la conscience du travail bien fait. Une hiérarchie a pour fonction de gouverner afin d’assurer sa finalité qui est de promouvoir le bien commun. Ce fondement diffère profondément d’une conception négative très répandue selon laquelle une hiérarchie n’existe qu’à cause des imperfections ou des mauvais penchants de l’homme. Retenons les trois fonctions principales de la hiérarchie :
A l'évidence, le statut de la hiérarchie change selon les courants de management. Nous avons étudié ces différences dans deux articles, l'un sur le taylorisme, l'autre sur le management participatif. Nous dressons le même constat : la hiérarchie est affaiblie, rendue méconnaissable.