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Un regard sur la technocratie qui se manifeste dans le management avant de se répandre sur la société toute entière. L'origine des théories, les manipulations mentales, l'amoralisme et la société de consommation, la déchristianisation. Un remède : la doctrine sociale de l'Église

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Nature de la crise économique

Chômage reparti à la hausse, effondrement de la bourse : moins 50% entre juillet 2008 et février 2009, raréfaction du crédit et menace sur le marché de l’immobilier. Quel diagnostic doit-on poser ? Revenons aux faits déclencheurs.

 

Le blues des banquiers

 

Les banques américaines ont accordé des prêts immobiliers à des particuliers à taux très faibles au départ mais qui pouvaient monter à 18 % par la suite.

Par ailleurs, depuis les années 1970, on peut transformer aux États-unis des créances et des flux financiers en titres. Les banques américaines vendirent donc ces titres de créances immobilières sur le marché interbancaire mondial. Dans le cas des prêts bancaires américains consenti aux particuliers désireux d’acheter une maison, ces créances étaient-elles saines ou douteuses ? La suite de l’histoire nous a montré qu’elles étaient plus que douteuses : on parle de créances toxiques. Pourquoi ? Parce que des millions de ménages ne purent rembourser leur prêt si bien que des établissements financiers furent mis en difficulté. (Crise des subprimes)

En fait, les banques ont manqué de nez. Elles ont acheté des titres sans valeurs. Mises en difficulté, elles ne se font plus mutuellement confiance. Le payement de banque à banque devient problématique. (Refus : parfois ; atermoiements : souvent ; longueurs et allongement des délais de crédit en valeur : toujours.) Par ailleurs, elles restreignent le crédit, entraînant une réduction de l’activité économique. On constate parallèlement :

Hausse des matières premières

  • Retournement du marché de l’immobilier
  • Chute de l’activité industrielle
  • Chute des bourses
  • Chute du dollar
  • Montée du chômage

La crise devient globale et mondiale


L'agnosticisme moral

 

Tout ceci ne fait que relater les symptômes. Les microbes sont d’un autre ordre. D’où vient cette crise ? Du fait que l’économie se veut scientifique et bâtit des « modèles » réputés tels autours de « marchés » réels ou factices, dans le but d’un enrichissement maximum. Mais, demanderont certains, n’est-ce pas là le véritable but de l’économie ? Qui travaille pour s’appauvrir ?

Pie XII répond : "Qui dit vie économique, dit vie sociale. Le but auquel elle tend (...)  est  de mettre  d'une manière stable, à la portée de tous les membres de la société, les conditions matérielles requises pour le développement de leur vie culturelle et spirituelle.» (Allocution du 7/3/48)

Le but n’est donc pas l’enrichissement maximum, le but est de fortifier la vie sociale. Et le but même de cette vie sociale est de développer la vie culturelle et spirituelle. Le but de l’argent n’est pas d’être au service d’encore plus d’argent.

 

L’économie n’est pas une science, mais une morale
qui peut utiliser les sciences.

 

Soulignons ici l’origine de l’agnosticisme moral de l’économie. Il est enseigné dans les écoles et les universités, si bien que les esprits, mêmes les meilleurs, n’en sortent pas indemnes. L’esprit moderne, l’esprit scientifique et technique se fonde sur ce qui est perçu, sur le mesurable, sur le phénomène qu’on peut observer. Quant à s’interroger sur la nature des choses en elles-mêmes, il n’en est pas vraiment question. Car cela semble relever des choix et des goûts personnels. L‘économie se contente d’observer et de mesurer les phénomènes observables. Cette attitude, qui est un a priori, élimine la notion de finalité : à quoi sert l’économie, quelle est sa raison d’être ? C’est selon, répond le moderne, c’est selon ce que veulent les acteurs de l’économie. Lorsqu’ils ne sont pas au même diapason, c’est le plus malin, le plus fort, le plus réaliste (au sens de pragmatiste) qui l’emporte.

Gaetant Pirou (1946) écrivait « La science économique n’est ni morale ni immorale, elle est amorale. Elle étudie les valeurs d’échange avec le seul souci d’en étudier le mécanisme et d’en définir les lois. »1

C’est bien là l’erreur. Faisant partie de la vie sociale, l’économie, qui n’existerait pas sans la société, ne peut revendiquer l’autonomie. Les hommes ne travaillent pas pour le développement d’une entité scientifique, évoluant en dehors de toutes considérations humaines.

Pour comprendre le but social de l’économie, il importe de voir qu’elle doit construire un ordre équilibré, voire harmonieux. Elle se place donc dans le domaine de l’agir, dans le domaine de cet ordre à construire, dans le domaine de la morale.

 

La base du système monétaire actuel

 

Pour comprendre le mécanisme, aujourd’hui dominant, de l’économie, revenons à la monnaie qui sert à l’échange des biens ou des services.

 

En principe, la monnaie représente la valeur des biens échangeables dans une période donnée dans un espace monétaire déterminé. La quantité de monnaie correspond à la quantité de biens échangeables.  Ce sont les biens qui confèrent sa valeur à la monnaie. Ainsi, par hypothèse, si je n’ai que 1000 unités pour échanger une liste de biens, ces biens valent 1000. Si je me trouve seul sur une île avec aucun bien à échanger, mais avec mes 1000 unités en poche, ces 1000 ne valent plus rien.

La monnaie représente toujours les biens échangeables. D’où vient le problème ?

 

Dans notre système monétaire mondial actuel, la création de monnaie ne s’effectue plus selon le principe régalien par le truchement de l’Etat. Il s’effectue par les banques, grâce au prêt bancaire,  grâce à la dette. Si bien qu’on peut dire : Sans dette, pas de monnaie.

 

Prenons l’exemple d’une entreprise ‘A’ qui, contre son travail, reçoit un payement de 100 unités. Elle dépose ces 100 à la banque. Laquelle, en vertu de ce dépôt va pouvoir prêter 90 à une autre entreprise ‘B’. Cette seconde entreprise reçoit donc en prêt 90, qu’elle dépose dans une autre banque. Forte de ce dépôt de 90, la seconde banque prête à son tour 80 qui échoient à une troisième banque, qui prête à son tour 70, lesquels vont en dépôt dans une quatrième banque, laquelle prête 60. Arrêtons nous là. A partir des 100 de départ, les banques ont créé : 90 + 80 + 70 + 60 = 300

Quelle est la contre-valeur de ces 300 ? Uniquement une promesse de remboursement.

 

Peut-être le lecteur hésite-t-il à nous croire ? C’est très compréhensible. Peut-être préfèrerait-il lire un économiste connu, responsable, au courant des affaire ? C’est plus que légitime. Voyons ce qu’ont dit ces responsables, ces économistes pour qui la finance n’a pas de secret.

Graham F. Towers, gouverneur de la Banque du Canada 1934-54 : « Chaque fois qu’une banque fait un prêt, un nouveau crédit bancaire est créé. De l’argent tout neuf »

John Kenneth Galbraith (économiste contemporain, photo ci-contre) : "Le procédé par lequel les banques créent de l’argent est tellement simple que l’esprit résiste à y croire."

 

Si, aujourd’hui, l’argent c’est la dette, il faut des dettes pour avoir de l’argent. Mais quelle est la contrepartie ? Non plus des biens, mais la promesse de remboursement. Tout le monde comprend qu’au-delà d’un seuil, le système s’enraye.

1.) Aujourd’hui, tout le monde vit à crédit : les banques elles-mêmes, les collectivités locales, les Etats, les entreprises, les particuliers.

2.) A mesure que s’accroît le poids de la dette, les emprunteurs doivent trouver de nouvelles ressources pour rembourser et payer les intérêts.

3.) Le cercle devient vicieux lorsque les nouvelles ressources ne peuvent être créées sans de nouveaux emprunts.

 

Dettes, investissements, gains de productivité,
puis à nouveau dettes : un système en déséquilibre

 

1.) Le budget d’une entreprise est mis en déséquilibre par trop d’emprunts qui alourdissent les remboursements et les intérêts. Quel recours peut-elle avoir?

2.) Il lui faut trouver de nouveaux revenus et pour ce faire, fabriquer plus, à meilleur prix. Ce qui nécessite des investissements pour des produits innovants.

3.) Elle doit donc avoir recours à l’emprunt pour pouvoir sortir le produit le plus vite possible et concrétiser ses ventes. Mais, dans un premier temps, la dette augmente. Dans un second temps la concurrence vient réduire ces espoirs de ventes. Le cycle va recommencer. Toujours plus beau, toujours plus haut, jusqu’où la spirale montera-t-elle ? Les consommateurs, (c’est à dire le marché) vont-ils suivre indéfiniment ?

Devant cette fuite en avant, rendue nécessaire (?), certes, mais qui ne correspond qu’à un système en perpétuel déséquilibre, Pie XII s’interrogeait : "En fait, là où l’on veut assurer le plein emploi et l’accroissement continu du standard de vie, on a sujet à se demander jusqu’où cet accroissement  pourra monter, sans provoquer une catastrophe et surtout sans entraîner le chômage en masse...

On n’échappera jamais à la spirale si l’on continue à compter sur le seul élément de la haute productivité." Message du 24 décembre 1952

Sur quoi donc compter ? Faudrait-il que nous changions ? Oui, car le système monétaire est en train de brûler ses dernières cartouches. La création de la monnaie par la dette a ses limites.

 

Les chiffres aussi sont têtus

 

Quelques chiffres : En dix ans, l’endettement des ménages américains est passé de 5919 Mrds de Dollars à 13825 Mrds. Pas très grave, dirons nous, s’ils peuvent rembourser.

D’autres chiffres montrent que le taux d’épargne de ces mêmes ménages est tombé en 2007 à 0,2% (2)

Quand on ne peut épargner que 0,2% de son revenu en moyenne, il n’est plus question de consommer ni de faire de nouvelles dettes, ni peut-être de rembourser. La chute de la consommation est donc prévisible et sans doute durable.

En dix ans, la dette publique des Etats-Unis est passée de 5614 Mrds de Dollars à 9229 Mrds. Pas très grave, dirons-nous, si les States peuvent rembourser. Mais le hic, c’est que la balance commerciale et la balance des payements battent des records de déficits, que les entreprises licencient : donc moins de chiffre d’affaires, moins d’impôts, moins de revenus pour l’Etat. Comment rembourser ?

 

Pas très grave, dirons-nous, puisqu’en France, on va mieux ? C’est inexact. La dette publique des USA en 2006 est de 63, 3 % du PIB (produit intérieur brut). Cette même année, elle est de 63,8 % pour la France(3) Elle est en France de 66 % du PIB en 2008, etc. Soit 20 000 € par habitant ou encore 80 000 € pour une famille avec deux enfants. Une paille.

 

Pourquoi l’Etat s’entête-il à emprunter l’argent dont il a structurellement besoin alors qu’il a pu, pendant des siècles, le créer sans l’emprunter ? Battre monnaie est un droit régalien. Pourquoi laisser aux banques le quasi monopole de création de la monnaie ?

 

A nouveau le lecteur peut être pris de doute et se demander si cette mesure technique ne dépasse pas la compétence de l’auteur. Ayons donc encore recours aux citations

 

Maurice Allais, Prix Nobel de Sciences Économiques 1988 :

"Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents"(4).

 


Les remèdes actuels face à la crise sont-ils efficaces ?

 

D’où viennent les milliards d’euros «injectés» dans les banques et dans l’industrie ? Tout cet argent sera injecté via la Société française de refinancement de l'économie (SFRE) créée par l'Etat. Elle empruntera ces milliards sur les marchés et bénéficiera pour ce faire de la garantie de l'Etat. Donc au final, ce sera bien de la dette que le contribuable sera appelé à rembourser par ses impôts. (Cf. par exemple La dépêche du 22 10 08)

Le terme de « marchés » indique entre autres les fonds souverains (Russie, Chine, Inde, pays pétroliers) etc. Ce qui n’est guère rassurant.

Un autre établissement, la Société de prises de participations de l'État (SPPE) a été créée pour apporter des capitaux à hauteur de 40 milliards aux banques. Ces opérations de renflouement passent par un mécanisme dit de « dette subordonnée ». Les banques vont émettre des titres, achetés par l'État.

L'État débourse donc de l'argent, mais il sera remboursé et percevra des intérêts, d'environ 4 % par an net. Sur ces 40 milliards, seuls 11,5 milliards ont pour l'instant été affectés aux banques : 10,5 milliards vont être injectés dans les six principales banques françaises et 1 milliard a déjà été déboursé pour sauver Dexia.

Autrement dit, dans un contexte ou l’économie est malade de la dette, on contracte encore plus de dettes. Nous verrons le résultat à l’échéance du remboursement. Si remboursement il y a.

 

Quelles mesures préconiser ?

 

Première mesure : que les États reprennent leur droit régalien de battre monnaie et de contrôler le crédit.

Abraham Lincoln disait : « Le gouvernement devrait créer, émettre, et faire circuler toutes les devises et tous les crédits nécessaires pour satisfaire les dépenses du gouvernement et le pouvoir d’achat des consommateurs. En adoptant ces principes, les contribuables économiseraient d’immenses sommes d’argent en intérêt».

Bien vu.

A ce jour, le seul service de la dette (remboursement et intérêt annuel) représente en France l’équivalent de l’impôt sur le revenu.

 

Wright Patman, membre démocrate du Congrès ; 1928-1976

"Je n’ai jamais vu personne ayant pu, avec logique et rationalité, justifier que le gouvernement fédéral emprunte pour utiliser son propre argent..."

 

Est-il maintenant possible de revenir au système régalien où les États créent et régulent leur monnaie?

Réponse : Oui, si l’on supprime la monnaie unique et si l’on change les règles de l’Europe sur la circulation des biens et des capitaux sans contrôles. Ce pourrait être un début de programme politique intéressant.

D’après les calculs de René Passet, économiste, les transactions financières spéculatives de devises à devises s’élevaient déjà en Juillet 97 à un total de 1300 milliards de dollars par jour soit 50 fois les échanges commerciaux. « Aucun état n’est en mesure de résister à quelques jours de spéculation des marchés ». La libre circulation des capitaux sans contrôle peut-elle durer ?

 

Deuxième mesure : conduire la production en fonction des besoins de consommation sagement mesurés et non en fonction des obligations de remboursements de dettes endémiques qui pourraient être allégées.

Pie XII, Pape pour notre temps, nous enseigne encore : ‘‘Devant le devoir pressant (...) de proportionner la production à la consommation, sagement mesurée aux besoins et à la dignité de l’homme ...Il ne faut pas en demander la solution (…) à la théorie purement positiviste et fondée sur la critique néo-kantienne des ‘lois du marché’.’’ ( 3 juin 1950 Congrès international des études sociales )

Les lois du marché ne régulent rien. Elles enregistrent les régulations comme les dérégulations qu’occasionnent les spéculateurs, cinquante fois plus importants (cf. plus haut) que l’échange de biens. 

 

Troisième mesure : ne pas chercher superstitieusement la solution aux problèmes économiques dans la mondialisation, moyen privilégié encourageant une spéculation incontrôlable.

‘‘L’économie nationale, en tant qu’économie d’un peuple incorporé dans l’unité de l’État, est elle-même une unité naturelle, qui requiert le développement le plus harmonieux possible de tous les moyens de production, à l’intérieur du territoire habité par le même peuple. Par conséquent, les rapports économiques internationaux, ont une fonction positive et nécessaire, bien sûr, mais seulement subsidiaire.’ Pie XII : Allocution aux membres du congrès de politique des échanges internationaux : 7 mars 1948

 En un mot comme en cent : revenons à la doctrine sociale de l’Eglise

 

Michel TOUGNE

 

 

 

1. Cité par Marcel Clément dans sa thèse L’économie sociale selon Pie XII

2. Source : Réserve Fédérale

3. Source : Eurostrat

4. Ces citations sont tirées de Paul Grignon : Money as Debt, vidéo assez pédagogique et recommandable.

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