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Un regard sur la technocratie qui se manifeste dans le management avant de se répandre sur la société toute entière. L'origine des théories, les manipulations mentales, l'amoralisme et la société de consommation, la déchristianisation. Un remède : la doctrine sociale de l'Église

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LE POUVOIR ISO

Nous avons jusqu'ici traité des procédures ISO comme d'un phénomène apparu à la fin des années 80 et qui s'imposerait aux entreprises tel une fatalité, un signe des temps … il faut vivre avec son époque, et c'est ainsi que la majorité des acteurs le reçoivent. Notre démarche critique doit bien sûr aller plus loin. C’est pourquoi nous proposons d'examiner maintenant les structures et le fonctionnement des organismes détenant l'autorité en matière de qualité. Il est aisé de comprendre que les procédures qualité servent en fait les grosses entreprises qui dominent les réseaux.

    LA BUREAUCRATIE
EN TANT QUE POUVOIR

 Nous avons jusqu'ici traité des procédures ISO comme d'un phénomène apparu à la fin des années 80 et qui s'imposerait aux entreprises tel une fatalité, un signe des temps … il faut vivre avec son époque, et c'est ainsi que la majorité des acteurs le reçoivent. Notre démarche critique doit bien sûr aller plus loin. C’est pourquoi nous proposons d'examiner maintenant les structures et le fonctionnement des organismes détenant l'autorité en matière de qualité. Il est aisé de comprendre que les procédures qualité servent en fait les grosses entreprises qui dominent les réseaux.  Tout d'abord ISO est présenté comme un phénomène inéluctable dû à la mondialisation. Un quotidien du soir, se faisant passer volontiers pour un journal de référence, alors qu'il n'est que journal d'opinion, d'ailleurs de gauche, plaidait dans un de ses dossiers du 29.6.1994 pour la normalisation ISO réputée inévitable malgré quelques dérives bureaucratiques ou quelques dissonances entre acteurs. "Malgré ses imperfections, déclarait-il, il n'est pourtant guère possible de faire l'impasse sur la normalisation, qui se révèle chaque jour plus stratégique". Et comme toujours, la France est en retard ! "Les entreprises françaises doivent donc donner un coup d'accélérateur, insistait le quotidien, malheureusement, la normalisation est trop souvent vue comme un carcan technologique. Les entreprises la considèrent encore comme une dépense de fonctionnement et non comme un investissement rentable." Etc. A la décharge du journal, il faut noter que les procédures qualité n’ont jamais été présentées publiquement pour ce qu’elles sont : l’outil intégrateur des entreprises en réseau. Et notre quotidien de gauche d'appeler à la grande foire internationale et aux échanges mondiaux, croyant sans doute au développement de relations nationales et internationales classiques.  Nous avons en notre possession le dossier de présentation de l'AFAQ des débuts de la normalisation. Le credo internationaliste mondial est à toutes les pages. "La certification est basée sur l'engagement que prend l'entreprise d'appliquer un référentiel … Ce référentiel est une norme éditée par l'ISO et reprise par les Communautés Européennes". "Au plan international, cette orthodoxie facilitera la conclusion d'accord avec des organismes certificateurs analogues au profit des relations entre clients et fournisseurs"(…) "La certification d'entreprises est par ailleurs un des outils du développement économique international car l'assurance qualité est un langage général permettant aux différentes industries de se rapprocher et de dialoguer, sans tenir compte des frontières". "L'AFAQ espère ainsi apporter sa pierre à la construction de l'Europe, au développement des échanges internationaux".  Il ne suffit pas d'étudier le phénomène ISO tel qu'il se déroule concrètement dans l'entreprise, sans se demander qui est à l'origine du phénomène, dans quelle volonté certains l'ont promu et quels intérêts il sert. Il serait même catastrophique de prendre ISO uniquement avec bonne volonté, en jetant un soi-disant "regard chrétien" sur les exigences qualités et en prétendant devoir s'y adapter par la remise en question de ses propres pratiques, comme on pourrait le faire dans une retraite spirituelle ! Ce genre de regard chrétien aboutit à faire servir objectivement les catholiques d'instruments manipulés par la subversion mondialiste. Notre regard chrétien à nous est un regard critique posé sur les choses, soucieux du respect de la nature humaine, de la finalité du travail et du droit de cité de la morale et des intérêts spirituels.  On comprendra qu'il ne s'agit pas de baptiser ISO sans examen, après avoir simplement étudié les structures qu'il met en place et son fonctionnement.   

Qualification des auditeurs AFAQ

 Intéressons-nous à la manière dont on peut devenir auditeur AFAQ chargé de préparer le dossier des entreprises postulantes à la certification. "D'abord, ces personnes doivent avoir suivi une formation, laquelle n'est accessible qu'avec un niveau Bac + 4 ou dix ans d'expérience professionnelle dans l'entreprise ; plus deux ans minimum de mise en pratique d'un système qualité et de rédaction de procédures. Muni de ces prérequis, les candidats sont sélectionnés par le centre de formation, le formateur lui-même et l'AFAQ.¨ Deuxième étape : la formation : vingt jours pour avoir connaissance des normes, des pratiques d'audit et de l'analyse des manuels Qualité.¨ Troisième étape : présentation à un examen. Jusqu'ici, tout paraît acceptable.¨ Quatrième étape : Incorporation des stagiaires reçus à l'examen aux équipes d'auditeurs AFAQ. Participation à trois audits, chaque audit donnant lieu à la rédaction d'un rapport.¨ Cinquième étape : Les (toujours) candidats pourront éventuellement être utilisés en tant qu'auditeurs par l'AFAQ sous l'autorité de responsables d'audit reconnus. Après trois nouvelles missions, la Commission de Qualification des Auditeurs (CQA) pourra éventuellement donner l'autorisation de les utiliser en tant que responsables d'audit.¨ Sixième étape : le marathon s'achève par la soutenance d'un mémoire d'activités à l'AFAQ. Un document portant sur la formation pratique à l'audit précise : Après cinq missions jugées satisfaisantes par les comités, et après avis favorables de la CQA, les candidats seront certifiés par l'ICA (Institut de Certification des Auditeurs). Après trois nouvelles missions, la CQA pourra donner l'autorisation de les utiliser en tant que responsables d'audit. Avant la première mission comme auditeur, ils seront inscrits en travailleurs indépendants et l'AFAQ signera alors un contrat sur une période de un an, leur garantissant un minimum de 60 jours d'audit. Le contrat sera renégociable chaque année pour une nouvelle période de un an. S'il est reconduit, il portera toujours sur au moins 60 jours et au plus 160. L'AFAQ pourra bien sûr à tout moment résilier ce contrat si le prestataire de service ne respecte pas le code de déontologie des auditeurs AFAQ ou si les prestations fournies ne sont pas jugées d'un niveau de qualité suffisant ». C'est dire que les divers degrés hiérarchiques de l'AFAQ auront tout le loisir de juger le candidat quant à sa mentalité et sa conformité morale aux buts de l'organisme.Le document de présentation déjà cité précise :"Le respect des normes est un point fondamental pour l'AFAQ" et ailleurs " L'auditeur doit "prêter toute son attention et apporter un soutien total au processus d'audit, …demeurer fidèle à l'objet de l'audit, sans crainte ni faveur … rester ferme dans ses conclusions en dépit de toutes pressions exercées pour y apporter des modifications quand celles-ci ne sont pas fondées sur des preuves". Il est normal qu'un consultant s'en tienne à l'objet de sa mission ; mais nous remarquons ici l'insistance avec laquelle ce document voudrait transformer l'auditeur en représentant et militant des normes ISO. L'entreprise  a vraiment chez elle beaucoup plus qu'un auditeur, mais plutôt un Inspecteur du troisième bureau auquel l'AFAQ a fait suffisamment de recommandations pour qu'il n'ait aucun état d'âme, d'autant que l'Auditeur sait qu'il restera toute sa carrière comme un oiseau sur la branche (contrat annuel révisable unilatéralement par l'AFAQ), l'AFAQ cherchant par ailleurs a obtenir le monopole de la certification. 

Structure AFAQ : une petite usine a gaz

 L'AFAQ est constituée, au bas de la pyramide, par des Comités de certification composés essentiellement  de représentants sectoriels du patronat (mécanique, chimie, pétrole, agro-alimentaire, etc.). Il est noter que le comité doit être composé, suivant la norme, de représentants des différents intérêts engagés dans le processus de certification, sans prédominance d'un seul intérêt. Autrement dit, on demande aux représentants de ne pas prédominer, ce qui équivaut à se neutraliser mutuellement et à s'entendre sur des procédures complètement neutres ne touchant pas au cœur des savoirs et du travail. Un deuxième palier est le Comité d'accréditation qui examine les recours contre les décisions de l'AFAQ, et un troisième palier qui est le Conseil d'administration qui accrédite lui-même les Comités de certification sur proposition du Comité d'accréditation (deuxième palier).En somme, tout le monde surveille toute le monde, tout le monde contrôle tout le monde : les soviets n'avaient rien inventé et sont surpassés. 

Pour qui travaille l'AFAQ ?

 Pour les grandes entreprises. On trouve parmi les membres de l'AFAQ (qui, faut-il le rappeler, n'est qu'une Association Loi de 1901), dans le Collège B des entreprises, des sociétés telles que EDF (d'Etat), GDF (d'Etat), SNCF (d'Etat), CEA (d'Etat), Elf (d'Etat à l'époque), La Poste (d'Etat) plus certaines entreprises, bien sûr au-dessus de tout soupçon : Esso (capital étranger) ; Exxon (capital étranger), IBM (Capital étranger), Shell (capital étranger), etc. On trouvera aussi quelques entreprises françaises, telles que L’Oréal, PSA, Renault, mais uniquement des entreprises importantes, de gros acheteurs, qui, à eux tous dominent le marché interentreprises. Toutes les P.M.E. sont tributaires de ces géants. Quel minotier, quel fabricant de produits agro-alimentaires peut vivre sans Danone et sans Nestlé ? Danone et Nestlé sont dans le collège AFAQ. L’économie qui est en France est entièrement réglementée par ce groupe de grosses entreprises. Il faut toujours revenir à la finalité de cette concentration de pouvoirs qui s'impose à tout le tissu économique en France. Il s’agit de faciliter, pour les grandes entreprises, l’externalisation de leurs activités. Ce qui permet de faire supporter le stock aux sous-traitants, de faire supporter le risque d'investissement des machines aux sous-traitants, de faire supporter la compression des prix aux sous-traitants. La grande entreprise, elle, si elle reste maître du jeu, peut mettre en concurrence, grâce aux normes internationales, telle entreprise travaillant en France, avec telle autre au Portugal, en Grèce ou en Pologne. C'est ce qu'a soutenu et ce que soutient encore le Journal le Monde qui pleure des larmes de crocodile sur les délocalisations et l'augmentation du chômage. Au total et en conclusion, un pouvoir économique énorme est apparu sous le signe de la vertu et de la sévérité des normes qualités. Jamais aucun Etat n'aurait osé aller si loin dans les procédures bureaucratiques et tatillonnes. Jamais aucun Etat, pas même l'Etat soviétique, n'a réussi à rendre si fiers les sujets qu'il asservit : quelle entreprise n'affiche pas qu'elle est certifiée AFAQ ? Jamais le monde économique n'a produit autant de réglementations ni autant d'orientations, en définitive politiques, concernant le pays entier, voire la planète, sans avoir aucun mandat d'aucune sorte. La technocratie bat son plein. 

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